« Je ne sais pas comment nous allons nous organiser à la rentrée. Je ne vous cache pas que ça m’inquiète terriblement” confie Delphine Rassat, une des dix psychologues scolaires du CIO de Béziers (Hérault), membre d’un collectif de professionnels dénonçant leurs conditions de travail. Cette structure qui dépend du rectorat de Montpellier, intervient dans 27 collèges et lycées du Biterrois à l’arrière-pays héraultais (dont neuf à Béziers).
L’une de leurs nombreuses missions consiste notamment à repérer les élèves en difficulté afin de leur apporter de l’aide, mettre en place des actions nécessaires comme proposer un accompagnement afin de garantir à chacun d’entre eux une réussite scolarité.
Mais tous les élèves auront-ils seulement le même soutien en septembre prochain ? Ce ne sera peut-être plus le cas. En tout cas pas de la même manière. Alors que l’année 23-24 se termine, les professionnels partent prochainement en vacances dans le flou le plus total, ne sachant pas vraiment s’ils auront davantage de moyens à leur retour. La fin d’année scolaire a été difficile. L’avenir pourrait l’être davantage d’après les multiples témoignages recueillis.
Cette situation génère forcément de vives inquiétudes et de une colère justifiée dans les établissements comme au collège Krafft à Béziers (quartier Devéze). Ce mardi une motion de soutien a été votée par le conseil d’administration (voir ci-dessous). Les psychologues Biterrois avaient déjà reçu le soutien de la cité Fabre de Bédarieux et du collège de Saint-Gervais-sur-Marne : « priver nos jeunes d’un accompagnement individuel pour la construction de leur projet est une décision injuste et injustifiable. Cette décision renforce les inégalités territoriales ».
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Utilisation de voitures personnelles pour se déplacer
Tout ce mois de juin, aucun d’entre eux ne s’est déplacé à la demande de leur hiérarchie afin de réaliser des économies budgétaires. La seule consigne était d’intervenir dans les neufs établissements de Béziers. Ce que l’ensemble des psychologues ont refusé de faire. “Il n’y a aucune raison que les zones rurales (NDLR : 8.250 élèves) soient lésées par rapport aux gens de la ville. Vous imaginez, nous avons demandé aux élèves de se déplacer au CIO de Béziers, s’ils voulaient nous rencontrer.
Mais comment font-ils avec leurs parents qui sont à l’autre bout du département, à la campagne, sans bus à proximité ? Comment font ceux qui souhaitent avoir un entretien en toute discrétion sans un membre de leur famille ? On nous a demandé en septembre de limiter nos déplacements à un seul dans le mois.
J’interviens à Bédarieux à la cité scolaire Ferdinand-Fabre et au collège de Saint-Gervais-sur-Marne. Je m’y rendais un jour et demi par semaine. Ce qui est déjà bien peu. J’ai quasiment 1.800 élèves. Comment voulez-vous travailler sereinement et sérieusement si on n’assure plus nos déplacements ?
« Situation ubuesque : matériel informatique obsolète (Windows 7 sans sécurité de données)
Les psychologues scolaires avaient déjà pour habitude de limiter les déplacements. « Ce qu’on leur demande à présent est donc de l’ordre de l’impossible. Quelle conséquence pour nos enfants » déplore un parent d’élèves. “Nous avons vraiment beaucoup de monde à voir renchérit Delphine Rassat. Des élèves en souffrance et en décrochage scolaire. Nous devons réfléchir à des projets d’orientation. Identifier aussi le mal-être des enfants. Si notre mission sur le terrain est limitée, alors ce sera bien plus difficile ».
Le faible budget de fonctionnement est divisé par deux
Mais cette problématique n’est pas la seule inquiétude chez ces professionnels qui se sont déjà mobilisés début juin, sans pour autant avoir de perspective très claire pour la rentrée. « Notre budget de fonctionnement, qui était de 5.000 euros, a été divisé par deux. « Comme s’il était déjà assez important » rajoute un autre psychologue. Nous sommes obligés de travailler avec nos ordinateurs portables, nos téléphones portables privés. C’est d’un ridicule. Regardez mon bureau. Le sol est complètement abîmé ».
Dans un communiqué, le collectif des psychologues de Béziers précise : « les conséquences sont nombreuses et impactent directement les élèves, les familles, les établissements scolaires. En effet, ce budget doit couvrir l’achat de matériels divers (depuis les fournitures bureautiques jusqu’au papier toilette), mais surtout des cahiers de passations (10 euros l’unité) pour les nombreux bilans psychométriques demandés, de la documentation spécifique, le renouvellement des abonnements et des logiciels d’aide à l’orientation, etc ».
Les psychologues scolaires assurent que la rentrée risque d’être très animée. L’ensemble des six CIO de Sète, Lunel, Béziers, Pézenas et Montpellier (2) sont sont impactés. Le CIO de Béziers (composé également d’une directrice et de trois personnels administratifs) perd un demi poste administratif. Toute la France ne serait pas impactée de la même manière assure le personnel. Cette restriction budgétaire serait décidé par chaque rectorat en fonction de ses priorités.
Une réunion est déjà prévue le 3 septembre.
Motion de soutien du conseil d’administration du collège Krafft à Béziers
Forcément, cette situation inquiète le personnel enseignant, d’éducation et de surveillance. C’est le cas au collège Krafft de Béziers qui a voté ce mardi une motion de soutien pour dénoncer avec vigueur ces coupes budgétaires alors que les missions des psychologues ne cessent de s’accroître et de se complexifier : « Nos élèves, dont beaucoup subissent déjà un déclassement économique et social, sont privés d’un PSY-EN sur leur lieu de scolarité et d’un service public de qualité dans le parcours de réussite de chaque élève ».
Tract du collectif des Psychologues de l’Éducation nationale à Béziers
Évolution des moyens du CIO de Béziers
Sidération exprimée par les enseignants de la Cité Scolaire Ferdinand Fabre de Bédarieux et du Collège des Écrivains Combattants de Saint-Gervais-sur-Mare
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