Revenu dans son fief, le bouillant manager varois a mis fin à six ans sans phase finale. Une étape de plus vers un rebond des Rouge et Noir.
Au creux de la saison, il ne voulait plus entendre ces deux mots devenus interdits, rabâchés sans cesse par les suiveurs du club comme les bienfaiteurs de Besagne. Enfant de la ville et du quartier du Port-Marchand, Mignoni, solide face à la marée, avait fini par houspiller à chaque bilan dans la course à la sacro-sainte phase finale. Dans un hiver long comme le Faron, avec en point culminant le revers face à Bordeaux-Bègles (32-37, le 4 février dernier), tout un chacun avait fini par se faire une raison : Toulon disparaît de l’écran à l’aube de l’été… Et pourtant !
Dans le microcosme toulonnais, « Migno » y a toujours cru malgré les soubresauts d’un exercice qui lui a coûté cinq années d’espérance de vie. À son retour l’an passé en duo avec Azéma, l’intéressé s’était rapidement étonné du « bordel » ambiant qu’il avait trouvé. Sans jamais être fataliste mais avec une grande lucidité, il a retroussé ses manches pour mettre les mains dans le cambouis avec des leitmotivs clairs : pédagogie pour enterrer la hache de guerre direction – supporters, intransigeance concernant l’éthique de travail et le don de soi pour ce blason centenaire. Un cap qui tient en six mots : « À Toulon, on a une mission. » La première était celle de gagner un titre, objectif réalisé avec la Challenge Cup, pour asseoir sa méthode et donner du liant entre les strates. La seconde était de ranimer l’espérance vers un toucher du bout de bois.
Le tournant du fumoir
Dans cette quête, le directeur du rugby, accompagné par Emmanuelli, a mis de l’ordre dans la grille salariale (départs de Kolbe et Tolofua) tout en réalisant un recrutement malin et qualitatif (Ribbans, Abadie, Garbisi, Tuicuvu…). Il a continué à s’appuyer sur un « groupe de sages » tout en faisant éclore d’autres leaders (Baubigny, Halagahu…) pour faire grimper la concurrence. Doté d’un caractère fort et résilient, il n’a surtout pas baissé la garde envers des comportements jugés peu compatibles avec son exigence. Le plus célèbre épisode a eu lieu avec la révélation d’un fumoir au Campus. Il a montré les crocs, d’une manière certes bien trop excessive face à notre confrère, pour remettre le vestiaire derrière et avec lui. Un coup de maître. Élevé au muguet, « Pierrot » a été biberonné dans une sorte de complot où le RCT est le vilain petit canard du rugby français. La vieille méthode a permis aux joueurs de faire corps.
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Plus tôt dans l’année, Mignoni avait déjà fait face à un même genre de fronde parmi les Mondialistes, mécontents de la rigidité du système voulu par Andrea Masi. Et s’il n’a pas immédiatement pris conscience du malaise, l’ex-entraîneur du LOU a réagi avec tact en accordant de légères modifications, tout en conservant la trame dictée en présaison. Les frondeurs sont rentrés dans le rang ou bien ils ont été invités à faire leurs valises, à l’image de Waisea plus apparu depuis février dernier. Des passages obligatoires pour remettre l’institution RCT au cœur des priorités, et pour rêver à nouveau du Bren… Non, ne le dites pas trop fort ! Toulon frémit mais le silence de son capitaine et de ses lieutenants est d’or.
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