Les jurés de la cour d’assises de l’Hérault se penchent à partir de ce jeudi sur une bien triste histoire remontant à l’été 2020 à Béziers. Une dispute éclate ce dimanche 2 août en début d’après-midi entre un propriétaire et son locataire dans le quartier Cantagal, en bordure de la route de Pézenas et la 75, pour une banale histoire de loyers impayés.
Des coups de feu sont échangés entre les deux hommes, munis l’un et l’autre d’un fusil de chasse. Le rescapé, Howard, célibataire sans enfant est poursuivi pour meurtre. Ce Biterrois issu d’une famille de forains assure avoir tiré, car il se sentait en danger de mort.
Contenus de la page
La victime touchée au thorax puis à la tête
Ce jour-là, ce commerçant était venu réclamer son dû, ordonnant par la même occasion à son locataire de quitter les lieux au plus vite, en raison de retards récurrents. Son locataire qui avait 43 ans, louait depuis 2017 un terrain et un mobil-home, pour un peu plus de 700 euros par mois.
Mais une dispute éclate rapidement entre les deux hommes. D’abord des échanges de coups-de-poing. Luis, le défunt, utilise d’abord un bâton avant poursuivi son propriétaire avec un fusil de chasse 12 mm. Ce dernier, s’enfuit et court alors se réfugier chez ses parents à proximité et récupère à son tour une arme de chasse et des cartouches avant d’aller se cacher derrière un muret précise-t-il.
loading
La victime, réputée pour s’emporter, est connue de la justice notamment pour proxénétisme (17 condamnations au casier).
« Mon client avait de bonnes raisons d’avoir peur » – Grégoire Mercier, son avocat
« Qu’il se soit senti en danger, c’est incontestable » explique l’un de ses avocats, Grégoire Mercier. « Cela ressort de tous les éléments du dossier. Ça se comprend très facilement. On ne parle plus légitime défense, mais d’un contexte qui permet de comprendre le passage à l’acte.
Les raisons pour lesquelles il tire sont beaucoup plus compliquées et qu’il se soit senti en danger, c’est une évidence. Quand on est menacé par un profil tel que celui de la victime, qui est armée et qui vous menace de tuer toute votre famille, il avait de bonnes raisons de le prendre au sérieux et de se retrouver dans un état d’anxiété, d’adrénaline…
« Son premier réflexe, c’est je cours et je me mets à l’abri »
« Il vient déjà de prendre des coups avec un bâton. Il fuit et ensuite il va se réfugier chez ses parents parce que c’est juste à côté de chez lui. Il y a du monde. Il voit la personne avec un fusil. Son premier réflexe, c’est de lui-même s’armer. Il a un fusil là-bas. Il le prend avant d’aller se cacher derrière un muret. Ensuite, il se retrouve l’un et l’autre nez à nez. Chacun avec un fusil. Mais quand il part en courant chez ses parents, ce n’est pas pour chercher une arme à mon avis ».
loading
“J’ai eu peur qu’il s’en prenne à mon père, qui était sorti devant la maison »
L’accusé qui reconnaît les faits, dit avoir été mis en joue par son locataire, avant d’esquiver son tir. Et c’est ensuite qu’il aurait ouvert le feu à deux reprises ; atteignant une première fois la victime au thorax avant un tir mortel à la tête dans un second temps. L’expertise balistique met en évidence des tirs réalisés à moins de deux mètres. Aucune reconstitution n’a pu être réalisée, les lieux ayant été saccagés.
Les témoignages divergent
Dans sa déclaration, un voisin, alerté par le bruit à l’extérieur assure que la victime, armée, était prête à en découdre (une dispute avait déjà éclaté entre les hommes quelques jours auparavant). Ce que confirmera l’accusé au cours de sa garde à vue.
“Il a demandé à son épouse d’aller chercher un fusil et qu’il allait tous nous tuer”. Un autre raconte avoir vu son voisin sortir de sa cachette, derrière un muret avant de tirer sur sa victime. Le dernier tir ayant été réalisé alors que la victime déjà blessée, le suppliait d’arrêter.
« Il aurait tiré sans hésitation sur son locataire » – un voisin
L’épouse du défunt confirme de son côté les échanges de coups au préalable, mais assure que son mari aurait tiré en l’air et non pas en direction de son propriétaire. Ce que réfute l’intéressé assurant tout au long de ses auditions que son agresseur était encore menaçant, même blessé. « Si mon fils n’avait pas tiré, lui et moi, on aurait été tué » assure le père de ce dernier, poursuivi pour complicité. Il est suspecté de lui avoir donné l’arme et les munitions.
« Je n’avais pas l’intention de le tuer »
Le jour du drame, l’accusé n’était pas alcoolisé, (ni sa victime) mais avait consommé du cannabis les jours précédents. L’accusé qui est en détention provisoire depuis son interpellation explique n’avoir eu aucune intention de tuer son locataire.
“J’ai eu peur pour ma vie” – l’accusé
« Les tempéraments des uns et des autres et notamment celui de la victime, avec un caractère bien trempé, et une famille plutôt reconnue comme ne se laissant pas faire, les choses prennent vite de grandes proportions dixit son avocat Me Grégoire Mercier (BAM Avocats du barreau de Béziers).
Des armes sont sorties et c’est une escalade. On réalise bien qu’à la fin, on arrive à une espèce de paroxysme d’un côté comme de l’autre, alors que c’était probablement, au début, davantage de l’intimidation. Une arme est sortie par la victime. Mon client court chez lui. On a divers témoignages qui vont dans ce sens. Il prend lui aussi une arme dont il est propriétaire.
Quand la confrontation arrive, ça tire et on est dans une espèce de tunnel, je pense pour l’un et l’autre et notamment pour mon client qui rentre dans un mécanisme psychologique dont on aura l’occasion à mon avis de parler longuement pendant le procès, notamment avec les experts. C’est un peu, ‘c’est lui ou c’est moi, j’y reste, je suis obligé de tirer’.
Le tireur rescapé, qui est le seul à comparaître détenu, aurait ensuite demandé à sa sœur, Rachel, de récupérer les armes, par crainte que la famille de la victime ne les utilise ou ne fasse disparaître l’un des fusils. Elle est poursuivie pour avoir modifié les lieux d’un crime dans l’intention de faire obstacle à la vérité.
Le procès débute ce jeudi devant les assises de l’Hérault à Montpellier et dure jusqu’à lundi. Cinq proches de la victime se sont portés partie civile.
.
