Les couverts végétaux, la solution pour régénérer les terres agricoles dans le Biterrois ?

La Chambre d’agriculture de l’Hérault a présenté aux agriculteurs une plateforme expérimentale de couverts végétaux, mardi 20 février, à Saint-Jean-de-Libron, à Béziers. Objectif : augmenter la fertilité des sols entre deux cultures.

Touche pas à ma terre ! La Chambre d’agriculture de l’Hérault organisait, ce mardi 20 février, aux pépinières Cros-Viguier, dans le quartier Saint-Jean-de-Libron, à Béziers, une matinée découverte de différents couverts végétaux et du matériel agricole spécifique associé à ces cultures.

Mais un couvert végétal, quès aco ? C’est un des piliers de l’agriculture de conservation, dont l’objectif est de réduire la dégradation des sols et d’améliorer leur fertilité. Car le temps où on labourait et retournait la terre en tous sens n’est plus forcément dans l’air du temps (même si la charrue a encore ses partisans).

Appauvrissement des sols

Face à la dénaturation et l’appauvrissement des sols, victimes de bien des vicissitudes (érosion, pollution atmosphérique, recours aux engrais ou pesticides excessif, salinisation…), le couvert végétal peut être l’une des solutions pour les régénérer.

« Le but, avec cette plateforme d’essai, est de présenter aux agriculteurs différentes solutions de mélanges en intercultures, entre deux plantations de blé et de tournesol, par exemple, relate Éric Fournaud, de Bioline France. L’idée est que le sol ne reste pas nu durant l’hiver ».

Apporter de la biomasse

Des mélanges de plantes (trèfles d’Alexandrie et sarrasin, avoine et phacélie, trèfles et moutarde…) qui, par leurs systèmes racinaires spécifiques et leurs couvertures végétales différentes permettent d’améliorer l’activité biologique de la terre, son aération, piègent les nitrates. « Ça permet d’apporter de la biomasse, de la matière organique. Ça relance l’activité microbienne » et ça évite l’invasion de « mauvaises herbes » (adventices).

Éric Fournaud, de Biolane France, passe en revue les avantages et inconvénients pour le sol de chaque variété de couvert. Diane Petitmangin

Technique expérimentée par « des agriculteurs pionniers depuis quelques dizaines d’années, l’enjeu est de l’adapter à nos conditions locales, avec nos sols argilo-calcaires, le climat de plus en plus variable et des sécheresses prononcées », indique Rémy Kulagowski, responsable des grandes cultures à la Chambre d’agriculture de l’Hérault (*).

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Faire fructifier les cultures

« C’est souvent un couvert d’automne ou d’hiver afin de valoriser les pluies automnales et préparer le sol à la culture de légumineuses type pois chiche ou de céréales. Il peut ensuite, selon la variété choisie, être ramassé pour servir de matière fourragère ou être restitué au sol pour qu’il profite à la culture suivante ». Un super compost et un paillage de luxe, en quelque sorte.

Démonstration pour coucher le couvert végétal et tracer des sillons en semis direct. Diane Petitmangin

La méthode a un coût, forcément, pour l’agriculteur. Non seulement, il lui faut investir dans les semences mais aussi dans le matériel adéquat pour mettre à plat, déraciner le couvert et réensemencer. Sans oublier l’irrigation, lorsque l’automne joue à l’été indien.

L’irrigation en question

Mais pour Rémy Kulagowski, qui se base « sur différentes études », la méthode « permet aussi de gagner en réserves utiles en eau, ce qui peut limiter les frais d’irrigation ultérieurs. Et ce paillage, qui améliore la biomasse fait également tampon pour l’eau et la température du sol. ça permet à la terre de gagner en résilience face à la chaleur et aux aléas climatiques ».

Paroles d’agriculteurs

Jean de Grave, cultivateur de semences de céréales dans la plaine de l’Hérault, près de Pézenas, a adopté la pratique du couvert végétal sur ses 55 hectares, « ça améliore le sol. Jusqu’à présent, je plantais des féveroles (légumineuses, NDLR) mais ça apporte des maladies. Du coup, je vais opter pour un mélange moutarde-phacélie ».

Le problème, c’est le coût, à 600 € la tonne. « Je viens juste de les broyer pour ensuite les réimplanter dans le sol avant la culture, au printemps, des semences de céréales. Il faut planter, arracher et broyer, ça coûte du temps et de l’argent. Et je ne peux pas faire du semis direct car je n’ai pas assez de surface (80 ha). La culture de semences céréalières est particulière, il faut prendre soin de la terre ».

Bérenger Carrier, agriculteur entre Saint-Thibéry et Florensac, a depuis quelques années constaté les avantages du couvert végétal. « Avec des terres plantées en maïs et tournesols, on était confronté à un problème d’érosion et lessivage des sols. On a donc testé les couverts sur une partie de l’exploitation il y a 8 ans et sur la totalité depuis 3 ans ».

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Selon le jeune exploitant, les avantages sont là : « Ça permet de stocker l’azote et le carbone et de lutter contre les adventices. Et pour l’exploitant qui est en monoculture, ça permet de casser le cycle et de décompacter la terre. Maintenant, ça reste une culture à part entière, il faudra quelques années pour avoir un vrai retour d’expérience ».

Mais s’il y a « un réel intérêt au niveau agronomique et écologique », en revanche, le retour sur investissement n’y est pas. « J’ai pris la décision de les stocker et de les exporter pour la méthanisation mais les démarches sont complexes. Il faudrait un coup de pouce financier pour mettre en place des solutions au niveau de coopératives agricoles, par exemple ».

Les pépinières Cros-Viguier

C’est avec intérêt que Sébastien et Pierre Viguier, les deux frères des pépinières Cros-Viguier ont mis une parcelle de leurs terres, à Saint-Jean-de-Libron, à la disposition de la Chambre d’agriculture de l’Hérault pour expérimenter différents mélanges de couvert végétal.

Spécialistes des arbres fruitiers (multiplication et recherche variétale) depuis plus de 70 ans (c’est la 3e génération), auparavant basés à Hérépian, ces arboriculteurs ont été confrontés à une terre qui ne donnait plus rien.

« On veut voir si, en mycorhizant la terre, on peut réduire les délais. Car du pépin ou du noyau à l’exploitation, il faut sept ans », indique Sébastien Viguier qui a constaté que des arbres fruitiers plantés à la suite d’une culture de luzerne, avaient été bien plus productifs.

https://www.midilibre.fr/2024/02/25/les-couverts-vegetaux-la-solution-pour-regenerer-les-terres-agricoles-dans-le-biterrois-11776910.php

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