La peine la plus lourde, 11 ans de réclusion criminelle, a été requise mardi à l’encontre de la petite amie de l’auteur des attentats, Marine Pequignot, âgée de 18 ans à l’époque des faits. Après deux ans de détention, elle comparaissait libre et n’est plus radicalisée, selon les professionnels. Mais celle qui, au moment de son arrestation, avait crié * »Allah akbar » (*un « réflexe », avait-elle justifié), avait « vu » les armes de Radouane Lakdim, petit délinquant radicalisé de 25 ans qui se revendiquera de l’organisation État islamique et a « lâchement et par surprise » tué quatre personnes ce 23 mars 2018 à Trèbes et Carcassonne, selon l’une des avicats générales. Marine Pequignot avait vu les vidéos jihadistes sur les réseaux sociaux, connaissait les « cibles » que Lakdim envisageait de viser… Elle n’a pourtant jamais alerté du danger qu’il pouvait représenter. « Pas par naïveté, insouciance ou par amour… mais par dissimulation, parce qu’elle adhérait à la même idéologie », martèle l’avocate générale Aurélie Valente, convaincue que la jeune fille préparait de son côté un départ en Syrie. Et d’évoquer à son sujet un profil « dangereux et jusqu’au-boutiste ».
Dix ans de réclusion criminelle ont été requis contre Samir Manaa, 28 ans, « l’ami de tous les jours » de Lakdim, qui avait « pleine conscience » de son « engagement jihadiste », même « s’il ne le partageait pas », selon Aurélie Valente. Quinze jours avant l’attentat, il avait fait « un mauvais choix » aux « conséquences tragiques » en accompagnant son ami acheter le poignard de chasse qui blessera mortellement Arnaud Beltrame.
Des peines d’un an de prison, dont quatre mois avec sursis, à huit ans de prison ont été demandées à l’encontre des autres accusés. Contrairement aux juges d’instruction, le parquet national antiterroriste (PNAT) a toujours estimé que la qualification terroriste ne tenait pas pour plusieurs d’entre eux, notamment pour le chef du trafic de drogue de la cité où dealait Radouane Lakdim et son beau-frère, et demandé qu’elle soit abandonnée.
« Le poids de l’absence » de Radouane Lakdim
Les peines réclamées sont donc bien éloignées de la réclusion criminelle à perpétuité que le PNAT aurait requise contre Radouane Lakdim s’il était encore en vie ou même de la peine maximale encourue pour association de malfaiteurs terroriste, soit 30 ans. Mais même si « c’est difficile pour les victimes », les accusés ne peuvent pas porter « le poids de l’absence » de Radouane Lakdim, a indiqué l’autre avocate générale, Alexa Dubourg. Il faut « condamner les gens pour ce qu’ils ont fait et uniquement ce qu’ils ont fait ». Et à cette audience, il n’y a « personne dans le box » pour payer « le prix fort, le juste prix en réparation de ce qui a été commis », a-t-elle martelé.
Aucun des accusés n’est jugé pour « complicité », l’enquête ayant montré que Lakdim avait agi seul, même si « tout le monde savait » qu’il était farouchement radicalisé et « haïssait » les forces de l’ordre, les homosexuels, les « mécréants », a insisté Alexa Debourg. Cinq des accusés, âgés de 24 à 35 ans, sont ainsi jugés pour « association de malfaiteurs terroriste », deux autres pour des délits connexes.
Après les plaidoiries de la défense, le verdict est attendu ce vendredi.
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