Au procès des attentats de Trèbes et Carcassonne qui ont fait quatre morts, la cour a entendu, ce mardi, la petite amie radicalisée de l’assaillant. Quand les forces de l’ordre ont défoncé sa porte d’entrée, le jour des attentats, Marine Pequignot a hurlé « Allah Akbar« , trois fois. De « la provocation« , a-t-elle juré devant la cour.
Elle avait rencontré Radouane Lakdim dans sa cité de Carcassonne (Aude), où elle était venue acheter du cannabis. « Il est arrivé, il a crié shit ou beuh ?« , raconte à la barre la jeune femme. Aussitôt, le revendeur lui plaît, quelque chose de « viril« , « rassurant » pour l’adolescente qu’elle était, elle n’avait alors pas 15 ans, Radouane Lakdim huit de plus.
Au début de leur relation et pendant les deux premières années, ils se voient tous les jours ou presque. Puis « Lakdim » s’éloigne, parle « tout le temps,tout le temps » de religion de façon « plus dure« , des « frères en Syrie« . Un soir chez lui, il soulève son matelas. « J’ai vu deux fusils, cinq-six machettes et un revolver« .
Contenus de la page
La petite amie s’est convertie à l’Islam
Marine Pequignot, elle, s’est convertie à l’Islam dans sa chambre, via Radouane Lakdim et par les réseaux sociaux, pour la communauté et « le cadre » qui lui manquent à la maison. Elle est pourtant très proche de sa grande soeur. Toutes deux passent leurs soirées à regarder des films.
Son aînée ne se doute pas qu’en même temps sur son téléphone, Marine drague des combattants du groupe de l’État islamique en ligne, demande si elle pourra « combattre » ou « apprendre à monter et démonter des armes » si elle rejoint la Syrie.
Marine Pequignot raconte, l’air piteux à la barre, « Je faisais ma maligne« , tout en reconnaissant qu’elle pensait alors que les attentats en France étaient « justifiés« . À l’écran, le président fait défiler la propagande jihadiste retrouvée sur son téléphone.
Une radicalisation ignorée par sa famille
Chez elle, personne ne semble prendre la mesure de sa radicalisation, malgré la convocation à la police de sa mère pour interdire à Marine Pequignot de quitter le territoire début 2017, malgré sa fiche S. La soeur, même silhouette, même voix, même longs cheveux, sanglote presque à la barre.
« On se considère comme des jumelles, mais on se dit pas tout non plus. Y a rien qui laissait transparaître… elle ne portait jamais le voile, elle était toujours en maillot deux-pièces à la plage« , dit-elle. « Aussitôt qu’elle avait fait la prière, elle sortait maquillée avec ses copines, comment j’aurais pu voir ?« , insiste l’aînée.
Marine Pequignot ne « fait pas le lien »
Le 23 mars 2018, lorsdes attentats, Marine Pequignot, âgée alors de 18 ans depuis peu, n’a plus de nouvelles de son petit ami depuis deux mois, mais passe son temps à l’espionner sur les réseaux sociaux. Quand on apprend que l’assaillant s’appelle Radouane, qu’elle voit qu’il ne s’est pas connecté depuis le matin, elle s’inquiète un peu.
« Mais je pense pas que ce soit lui quand même« , dit-elle dans un message à une amie. « J’ai pas fait le lien« , répète encore celle qui est jugée pour « association de malfaiteurs terroriste » et encourt trente ans de réclusion criminelle.
L’avocate générale, Aurélie Valente, lui demande si elle se souvient de ce qu’elle a dit pendant sa garde à vue ? « Oui. Que je m’en foutais, qu’il avait fait ce qu’il avait à faire« , répond l’accusée qui « regrette énormément« . « À ce moment-là, je ne pensais qu’à Radouane« , tué pendant l’assaut par les gendarmes.
Elle savait « qu’il avait des armes« , qu’il était « fanatisé« . Il lui avait dit qu’il pourrait « égorger » des policiers, avait évoqué des « cibles » dans Carcassonne. Il postait des vidéos avec des machettes et un message « voilà ce qui attend les mécréants« , énumère l’avocate générale, « ça ne vous alerte pas ?«
Marine Pequignot se défend, « il était sous alcool« , « j’étais amoureuse« , « je ne le prenais pas au sérieux« , « je faisais pas le lien« . « Vous le dissimulez en fait« , lui rétorque la magistrate.
Marine Pequignot a passé deux ans en détention provisoire. Aujourd’hui, les services spécialisés de la pénitentiaire estiment qu’elle n’est plus radicalisée.
À lire aussi
.
