La fin d’année est l’occasion de rencontrer les personnalités du département. Quelques minutes pour les connaitre en dehors de toute actualité. Rencontre avec Nicolas Le Moigne, président de l’association de promotion du vélo Vélocité.
Comment vous êtes-vous retrouver président de Vélocité? Vous avez fait du vélo quand vous étiez tout petit ?
C’est quelque chose qui est arrivé complètement par hasard. En fait, il y avait rien de prémédité. Moi, j’ai fait du vélo depuis l’enfance, j’ai grandi en Bretagne, en milieu rural.
Vous êtes breton ?
Exactement. Dès l’âge de huit ans, le vélo, c’est un moyen d’autonomie pour aller aux activités sportives, pour se déplacer, pour aller à la plage. Le vélo, c’est devenu mon moyen de locomotion au quotidien. Après le bac, j’ai eu mon premier logement hors de chez mes parents, certains ont une voiture, moi j’ai eu un vélo et c’est vrai que quand je suis arrivé sur Montpellier il y a un peu moins de 20 ans, pour le travail, après quelques mois de tramway, je me suis mis au vélo. En 2018, l’association Vélocité cherchait des nouveaux bénévoles. Moi, je voyais que les conditions des cyclistes dans la ville se dégradaient et plutôt que de tout attendre des politiques publiques, je me suis dit qu’il fallait se prendre en main.
Donc je suis rentré dans cette association et à l’automne 2018, il y a eu un élément déclencheur qui a été précurseur de la dynamique actuelle, c’est lorsque Philippe Saurel, ancien maire de Montpellier a eu cette phrase aujourd’hui célèbre « on ne va pas faire des pistes pour deux personnes ». Il y a eu un engouement d’un certain nombre de personnes, dont moi, et donc il y a eu une dynamique digitale avec le hashtag #jesuisundes deux et donc de fil en aiguille, je me suis retrouvé président de l’association Vélocité.
Et pourtant, votre passion, c’est pas le vélo, c’est le bateau.
Exactement, moi je suis né au bord de l’eau et depuis l’âge de huit ans, je fais beaucoup de bateau. En fait, le vélo est un égarement.
Vous avez le pire souvenir et le meilleur souvenir en bateau ?
Les meilleurs souvenirs, c’est quand vous passez une nuit en mer et que vous avez le coucher du soleil ou le lever du soleil et que vous avez les animaux à côté de vous. Je sais que chaque année, je descends jusqu’en Corse en bateau et c’est vrai qu’au petit matin avec les dauphins, c’est fabuleux. Certaines personnes disent qu’on se retrouve dans des états proches de la méditation. C’est vrai que c’est un univers assez particulier. On est en osmose avec les éléments. Dans une rue, sur votre vélo, vous êtes au milieu de trottoirs, de pistes cyclables, d’un ensemble de choses. Quand vous êtes sur l’eau, sur un bateau, c’est différent, vous êtes face à la mer, face au vent, des conditions météo qui peuvent être changeantes et c’est jamais les mêmes couleurs. C’est la liberté.
Le vélo aussi c’est un fabuleux outil de liberté. On fait ce qu’on veut, on n’est pas dépendant des autres. C’est un moyen de transport qui est individuel. Donc on prend son vélo et on en fait ce qu’on veut, on va où on veut, on n’est pas contraint, on n’a pas besoin de carburant puisque notre propre carburant, ce sont nos jambes. Pas besoin d’attendre un horaire.
Comment un Breton se retrouve au bord de la mer Méditerranée ?
J’ai fait mes études à Brest, après j’ai commencé à voyager. J’ai notamment passé un an en Antarctique à la fin de mes études et au début de ma carrière. Je travaille dans la recherche et justement, après une expérience comme ça, je ne voulais pas travailler à la Défense dans une tour. Je cherchais soit un travail qui me permette de voyager, soit qui me permet de vivre à l’étranger. Et il se trouve qu’à Montpellier, j’ai trouvé un travail qui m’a pendant longtemps permis de voyager un peu partout.
Vous êtes chercheur dans quel domaine ?
Je fais de la géophysique, donc je mesure la pesanteur. La pesanteur, c’est quoi? C’est la force de l’attraction terrestre. C’est c’est ce qui fait qu’on a les pieds sur terre et que Thomas Pesquet flotte dans l’espace. C’est une méthode qui nous permet de mieux comprendre les fonctionnements des ressources en eau.
Et comment vous êtes vous retrouvé en Antarctique ?
En Antarctique, c’était par rapport au trou de la couche d’ozone.Je faisais mes études à Brest et j’ai vu une affiche « Cherche jeune diplômé pour aller passer un an en Antarctique ». J’ai postulé et j’y suis allé. Au delà de ce que j’allais faire sur place, c’était le goût de l’aventure qui m’intéressait.
Comment s’est déroulé le voyage ?
Pour aller là bas, moi, je suis allé en avion jusqu’à Hobart, en Tasmanie. Après vous prenez l’Astrolabe, qui est un célèbre brise glace de l’Institut polaire français Paul-Emile Victor et vous faites sept jours dans les mers du Sud. Vous passez les 40ᵉ rugissants, les 50ᵉ hurlants et vous finissez le continent de glace. Vous arrivez sur une station scientifique, une île qui fait 600 mètres par 800 mètres pendant l’été austral. Les saisons étant inversées, vous êtes sur une île où il y a la mer autour de vous et après en hiver, le bateau repart et il vous laisse hiverner à 28 personnes, vous avez la banquise, la glace qui se crée et vous êtes isolé sur votre caillou.
Ça doit être une expérience de vie assez particulière, incroyable! Vous en êtes ressorti comment vous personnellement? Et les 28 ?
C’est fabuleux quand vous passez quatorze mois sur place. De l’extérieur, ça peut paraître super long, de l’intérieur c’est super court. Le matin, vous ouvrez votre fenêtre, vous avez la banquise devant vous, pendant un an, vous n’utilisez pas de carte bleue et vous voyez le temps qui passe par le cycle l’animal. Moi, j’ai été à l’époque où il y a eu le tournage de la Marche de l’Empereur et comme pour les deux personnes qui ont fait le film, le temps ne se calcule pas sur le calendrier mais avec le cycle animal, notamment les manchots.
C’est une forme de méditation finalement ?
Je ne sais pas si c’est une méditation, mais en tout cas dans une société très connectée comme la nôtre, c’est particulier. On avait deux connexions mail par jour, on n’avait pas l’Internet à l’époque pour communiquer. Certains communiquaient avec Iridium® mais je crois que c’était quelques dollars la minute. Donc vous êtes coupés du monde.
Comment êtes-vous passé de l’Antarctique à Montpellier ?
J’ai eu quelques mois de recherche de travail, puis je me suis retrouvé à Montpellier. En sortant de la gare, je me suis senti bien. Moi qui suis né sur les bords de l’Atlantique, je me retrouve sur les bords de la Méditerranée que je ne connaissais pas. L’environnement n’est pas du tout le même. Mais pour quelqu’un comme moi qui fait du bateau depuis mon plus jeune âge, c’est assez confortable.
La navigation en Méditerranée et en Atlantique n’a rien à voir.
Ce qui est intéressant en Méditerranée, c’est que vous mettez moins souvent votre salopette et votre ciré qu’en Bretagne. Par contre, vous avez une météo qui est beaucoup plus imprévisible. Vous vous dites on va naviguer dans les calanques, à Marseille ou à Porquerolles, vous partez en short et en tee shirt et une heure après vous avez du mistral avec 40 nœuds. En Bretagne, il fait moins beau. en revanche, la météo est plus prévisible mais vous avez plus de houle. Les deux plans d’eau ont leur spécificité et leur charme.
Est ce que vous êtes l’homme que vous rêviez d’être quand vous étiez petit garçon ?
Ça, je n’en ai aucune idée. Malgré tout, quand j’étais enfant, et c’est ce qui m’a amené en Antarctique, j’ai été nourri par des bouquins de voile, de grand voyageur, je voulais faire un tour du monde à la voile. Et il se trouve que mon métier m’a amené à parcourir le monde d’une manière différente mais probablement plus enrichissante. Quand vous êtes sur un bateau, c’est plus écologique, par contre, vous êtes cantonné à la côte.
Mon métier m’a amené à me retrouver dans les montagnes iraniennes, dans les déserts, en Afrique, avec des populations différentes, des religions différentes, des codes sociaux assez différents et ça a été très enrichissant. Quand vous êtes en Éthiopie, proche de l’Érythrée, vous n’êtes pas dans votre environnement, vous êtes un peu seul au milieu d’un autre monde. Vous êtes loin des pays occidentaux et ce sont des rencontres qui sont assez fabuleuses, même s’il y a des Kalashnikov partout autour de vous et que vous êtes donc très vulnérables.
C’est quoi cette histoire de kalachnikov ?
Il y avait parfois des conflits armés sur des zones frontalières. Lorsque vous allez dans ces zones là pour le travail de recherche, vous êtes accompagné par les services, par des policiers locaux pour vous protéger.
Quelle est votre planète Terre idéale pour 2050 ?
C’est vrai que tout ce que l’on fait à Vélocité, on ne fait pas pour nous. Moi, ça fait 20 ans que je fais du vélo, je vais continuer à en faire. J’ai grandi à la campagne, je me déplaçais en sécurité à vélo à l’âge de huit ans, j’allais au foot avec mon voisin, on ne se posait pas la question. Aujourd’hui, on sait que pour les parents, c’est beaucoup plus compliqué de laisser les enfants seuls. Nous, on veut juste qu’un collégien puisse aller en sécurité seul à vélo à l’école. C’est aussi quelque chose qu’on a vu pendant le confinement où la population s’est réappropriée la rue. Les gens, ils étaient pas sur les trottoirs, ils étaient dans la rue, c’était dans l’espace public et les gens étaient bien en fait.
Ce qu’on veut, et on ne va pas attendre 2050, c’est que les enfants puissent descendre en bas de chez eux. Montpellier est une métropole, les gens y vivent plus en appartement qu’en maison individuelle. Il faut que ces enfants puissent courir et jouer.
Et ça, ils doivent pouvoir le faire dans la rue, pas seulement sur les trottoirs.
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