Sylvie et Antonio vivent dans la rue à Béziers. Sylvie souffre d’une lourde pathologie et, sans logement, Antonio risque de devoir repartir en prison. Ils veulent en finir.
La situation est un peu ubuesque pour Antonio Fernandez-Silva. Avec le départ de sa mère, pour être prise en charge pour une affection de longue durée, dans une maison spécialisée, il vient de perdre son hébergement. Par effet de ricochet, sa compagne Sylvie Sékula, se retrouve, elle aussi, à la rue. Là n’est pas l’essentiel pour le couple. Non, il y a plus grave. Sans logement, Sylvie Sékula a du mal à prendre en compte correctement une maladie rare qui l’astreint à une hygiène parfaite, mais c’est pour Antonio Fernadez que la situation est très critique. Sans cet appartement, il ne peut pas être placé sous détention électronique et risque de retourner en prison.
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Toutes les portes se sont fermées
Sylvie a vécu une grave agression de la part de son compagnon et s’est retrouvée dans la rue. Ce n’est que par épisodes qu’elle va loger chez son compagnon. Mais là, depuis quelques jours le couple dort dans la rue.
« Toutes les portes se sont fermées, répond Sylvie. Je n’ai pas d’enfant à charge donc je ne suis pas prioritaire. Ce matin ( jeudi 14 septembre, NDLR), j’ai appelé le 115 à 37 reprises. Ils ne répondent pas. J’ai contacté la mairie de Béziers, le CCAS, l’Abès. Rien. Il n’y a pas une seule solution qui puisse nous être proposée. »
Antonio ne cache pas son passé. À 38 ans, il a été condamné à 20 ans de détention. « J’étais jeune, je ne faisais rien de bon. C’est vrai. Mais là, j’ai changé. Je ne veux plus être hors-la-loi. Je touche l’allocation adulte handicapé et je ne veux plus commettre de forfaits. Ça va, j’ai compris. Aujourd’hui, la prison me fait peur. Je préfère me jeter que d’y rentrer à nouveau »
En finir, vite !
Sylvie a d’énormes pansements sur les bras. « J’ai tenté d’en finir, avec des cachets, puis en me taillant les bras. Jamais je n’aurais imaginé que de vivre dans la rue puisse être aussi dur. Jamais je n’aurai imaginé que la faim puisse être à ce point insupportable. Nous n’avons pas mangé depuis trois jours. Nous sommes à bout. Nous partageons le même sentiment avec Antonio… En finir. » Antonio a lui aussi tenté de mettre fin à ses jours. Il s’est pendu et il a survécu, il montre l’ensemble de ses scarifications sur le torse, le ventre, les avant-bras.
Plus facile de sauter d’un toit que de régler notre situation
« J’en suis à un point où je pense qu’il sera plus facile de sauter d’un toit pour en finir que de tenter de régler notre situation », lance Antonio. « Et je vais le suivre, assure Sylvie. Je ne supporte plus cette vie sans solution. Je n’ai plus la force de rien. Quand je fais le bilan de ces dernières années, j’ai plongé dans l’alcool et la drogue pour oublier ma situation, pour oublier les coups de mon ex-conjoint. Quand mentalement on n’est plus là, la vie est plus supportable. J’ai perdu 12 kg. Nous nous sommes aussi fait voler nos papiers. Plus rien ne va. »
Et Antonio d’insister : « Il ne faut surtout pas croire que l’on boit par plaisir. Non c’est faux. La majeure partie des SDF boivent pour oublier leurs soucis. Et quand ils ne buvaient pas, ils sont devenus alcooliques pour ne plus penser à leur vie de merde. Nous aspirons à une vie normale, en touchant ce à quoi nous avons droit du fait de notre situation. Nous ne demandons qu’un petit studio. Pour dormir et vraiment se reposer. Malheureusement, nous n’y croyons plus. »
Pas de solution
Le couple qui n’est pas marié, une difficulté de plus pour régler sa situation, marche toute la journée pour ne pas penser à leur situation.« Marcher c’est éviter de penser trop », assurent-ils. Ce jeudi, ils sont allés une nouvelle fois à l’Abes (Association biterroise d’entraide solidaire) en espérant un logement. La visite n’a rien donné. Ils sont tout de même parvenus à récupérer quatre paniers repas pour ne pas rester sans nourriture. Ils attendent encore quelques réponses sans vraiment y croire. « Vous savez, ce que nous vivons est épuisant et si nous sommes obligés de commettre un geste extrême, cela servira sans doute à d’autres. De toutes les façons, le plus dur sera de se lancer. Après, nous arrêterons de crever de faim. »
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