« Attendez, j’ai vu quelque chose de rose au fond de l’eau » : à bord de son canoë, Yves repêche « une coque de portable« . Dans son sac poubelle, il y a déjà un emballage de chèvre « qui ne doit plus être très frais« , une canette, un pot de miel, tout cela en quelques minutes.
Avec l’association Sentinelles de rivières , Yves vient régulièrement pagayer pour nettoyer le Lez, fleuve urbain qui coule à Montpellier et se jette dans le Méditerranée, ainsi que ses berges. Le bateau permet un rythme lent, pour ne rien manquer, et respecter la nature.
Salariés en insertion
A l’origine en 2009, c’est une initiative d’un petit groupe de kayakistes, qui à chaque sortie se désolait de voir filer les déchets vers la mer. En 2020, l’association Sentinelles de rivières a vu le jour, elle deviendra bientôt une Société d’intérêt collectif (SIC), et emploie déjà trois salariés en insertion. Elle est aujourd’hui mandatée officiellement par la métropole de Montpellier.
La présidente, Marie-Hélène Cocq, vient de repêcher un bidon de lessive : » il y en a quand même moins qu’avant « , constate-t-elle. » Quand on a commencé en 2009, c’était dramatique. Mais dans la mentalité des gens, ce n’est pas encore acquis qu’un fleuve, une rivière, c’est quelque chose de vivant, ce n’est pas un tout-à-l’égout. On a encore le vieux réflexe ancestral : ‘je balance dans le fleuve, ça va descendre plus bas, et je ne le verrai plus’. C’est toujours une réalité, avec de gros encombrants comme des matelas, des planches à repasser, des vélos volés… Parfois, on est en train de nettoyer, et des gens nous jettent une bouteille de soda du haut du pont « .
Les déchets qui peuvent être recyclés, comme la ferraille et le verre, sont mis de côté, les objets pouvant encore servir confiés à une ressourcerie. La bête noire de l’association, ce sont les lingettes , qui arrivent directement des toilettes et s’accrochent aux branches sur la berge : » les fabricants écrivent sur les emballages qu’elles sont biodégradables, en réalité pas vraiment « , se désole José-Luc, une grande pince à la main.
L’association organise également des » écobalades » pour les écoles, les maisons de quartiers, les centres sociaux, pour sensibiliser dès le plus jeune âge. » Il faut vraiment fermer le robinet en amont, expliquer aux gens que ça commence chez soi, avec les petits gestes du quotidien « , insiste Marie-Hélène Cocq. » Chacun a sa part de responsabilité dans le fait que les océans soient moins pollués. Au fur et à mesure, on voit que les collectivités adhèrent, les citoyens aussi. Je suis sûre que l’on peut essaimer partout « .
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