France – Nouvelle-Zélande – « J’aurais moi aussi validé cet essai » : l’ancien arbitre Romain Poite revient sur le deuxième essai litigieux accordé à Mark Telea

Pendant toute la Coupe du monde, l’ancien arbitre international français Romain Poite sera notre consultant pour toutes les questions liées à l’arbitrage. Pour nous, il revient ce samedi sur le France – Nouvelle-Zélande remporté par les Bleus (27-13), vendredi soir en ouverture de la Coupe du monde. Et notamment sur cet essai accordé à Mark Telea (43e), servi par une longue passe dont la légalité a fait polémique…

Le match d’ouverture entre la France et la Nouvelle-Zélande, gagné ce vendredi par les Bleus au Stade de France (27-13) ne laissera pas dans l’histoire la trace de la polémique. La joie de la victoire emporte tout. Pourtant, à la 44e minute, une épaisse bronca descendait des tribunes du Stade de France. La cause de l’ire collective ? Une minute plus tôt, l’arbitre sud-africain Jaco Peyper avait accordé sans hésitation un essai litigieux à l’ailier All Black Mark Telea, au bout d’une longue passe de Ioane pour le moins « sur la ligne ». Sur le coup, Damian Penaud coupait son effort défensif (à tort). Il levait le bras, croyant comme le public à un en-avant de passe. Pourtant, M. Peyper confirmait sa décision, appuyée par la vidéo. Les All Blacks reprenaient l’avantage (13-9). Romain Poite explique cette décision.

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« Il est certain que l’arbitre vidéo a analysé cette situation sous de nombreux angles »

La bronca la plus bruyante du public intervenait après la transformation (ratée) de Richie Mo’unga. À ce moment, les écrans géants du Stade de France diffusaient un nouveau plan, vu de dessus, qui semblait clairement montrer une ligne de passe vers l’avant. « Faut pas trop les regarder, les ralentis, parce qu’on va se faire mal au cœur… » commentait alors Benjamin Kayser, au micro du diffuseur TF1. La validation de cet essai a pourtant bien été actée en connaissance de toutes les images. « C’est un match où 29 caméras sont disposées autour du terrain et larbitre vidéo a accès à de nombreux angles. Contrairement au Top 14, il travaille en collaboration étroite avec un technicien vidéo mis à sa disposition. Dans notre championnat, nous sommes dépendants des choix du réalisateur et des angles qu’il met à disposition. Cela peut parfois créer de longues attentes et des situations conflictuelles pour l’arbitre quant au choix des angles demandés. À l’international, où l’on souhaite limiter les arrêts de jeu, le TMO (« television match official », comprenez l’arbitre vidéo) est constamment en action. Il est à l’écart, accompagné du technicien TV qui met à sa disposition les angles qu’il demande pour effectuer ses vérifications. Devant lui, il a un écran partagé en quatre pour visionner plusieurs angles en même temps, et un deuxième écran qui propose l’action en décalé. L’arbitre dit au technicien, « je veux voir tel angle ; remets-moi l’autre angle ». Même si Jaco Peyper n’a pas fait un appel formel à la vidéo, il est certain que l’arbitre vidéo a analysé cette situation sous de nombreux angles, pas seulement ceux proposés par la télévision. Dans un match avec une telle pression, tout est décortiqué. Ils ont donc pris leur décision en pleine connaissance de cause. »

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« Je pense que j’aurais moi aussi validé cet essai »

Autre aspect qui doit être considéré, celui de la technologie. « À l’international, l’arbitre vidéo dispose d’une technologie très développée et efficiente. Elle se nommait Hawke Eye pour les Coupes du monde en 2015 et 2019. C’est une technologie qui permet de revoir la même action sur écran partagé, sous des angles de caméra différents et en simultané. C’est un outil qui donne généralement d’excellents résultats. »

Au sujet de la passe sujette à polémique et qui amène l’essai de Telea, Romain Poite se positionne. « Il faut comprendre le cheminement qui amène cette décision. D’abord, son arbitre de touche M. Ridley est très bien placé et lui confirme immédiatement qu’il juge la passe valide en levant le pouce. Jaco Peyper le suit et valide l’essai. Ensuite, il sait que l’arbitre vidéo va effectuer ses vérifications en off. Que regarde-t-il ? La dynamique des mains et du ballon. Il juge alors que si le ballon part ou non vers l’avant à la sortie des mains, d’un point A (émetteur de la passe) à un point B (réceptionneur). À revoir plus précisément, mais le geste des mains semble effectivement être au moins sur la latéralité. Il décide donc de valider lui aussi l’essai. Quand j’ai vu les images, si j’avais été à leur place, je crois que j’aurais moi aussi validé cet essai. Mais ce n’est pas une situation simple. J’ai échangé avec l’un des arbitres de cette Coupe du monde 2023 pour avoir son avis. Il m’a répondu qu’il était comme moi, que la situation n’était pas claire et évidente mais que lui aussi aurait sûrement accordé l’essai. »

« Des approches différentes entre le Top 14 et le niveau international »

Concernant le sujet des passes en-avant et de la façon de les arbitrer, Romain Poite précise encore : « les approches et analyses sont différentes entre le Top 14 et le niveau international. » Encore une bizarrerie du rugby. « Quand World rugby a introduit la notion d’inertie pour juger des en-avant de passe, suite à une démonstration des Australiens, nous l’avons évidemment intégrée en Top 14. Avec le temps, nous nous sommes heurtés à des situations trop polémiques. Cela crée des situations d’arbitrage assez confuses et difficiles à lire pour le public. Nous sommes revenus à l’essence de la règle concernant la façon d’analyser ces passes, avec le jugement d’une passe par sa direction entre son point de départ et son point d’arrivée. À l’international, toutefois, il fallait coller au protocole World Rugby. Personnellement, pour juger de ces situations, je me servais aussi du type de passe. Une passe vissée, avec une vitesse initiale accentuée par sa rotation, peut effectivement être sujette à l’effet d’inertie. Je la jugeais avec un peu plus de tolérance qu’une passe longue lobée, un peu flottante, pour laquelle je m’appuyais plus facilement sur la direction du ballon que la direction des mains. »

Dans le cas de la passe de Rieko Ioane qui amena l’essai de Mark Telea, elle est effectivement vissée et puissante. Ce qui peut encore expliquer la décision ferme de M. Peyper. « Sa gestuelle et celle de son arbitre de touche, M. Ridley, sont également importantes. De bout en bout, ils ont une gestuelle très affirmée. Ils montrent qu’ils sont sûrs de leur décision. C’est important dans le message envoyé : quand j’étais jeune arbitre, mon mentor me disait toujours qu’il valait mieux juger avec ses forces et ses faiblesses avec 150 % de certitude que de faire transpirer le doute et d’en être sûr à 50 %… Quand vous n’êtes pas sûr de vous, les joueurs et le public le ressentent. Cela crée de la confusion. » Pour le coup, Jaco Peyper et ses assistants ont toujours semblé droits dans leurs bottes. Avaient-ils raison ? Le reste, c’est de l’interprétation.

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https://www.rugbyrama.fr/2023/09/10/france-nouvelle-zelande-jaurais-moi-aussi-valide-cet-essai-lancien-arbitre-romain-poite-revient-sur-le-deuxieme-essai-litigieux-accorde-a-mark-telea-11444233.php

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