On vous explique ce qu’est l’épidémie de scolytes qui décime les forêts d’épicéas

Entre Tarbes (Hautes-Pyrénées), Lannemezan et Bagnères-de-Bigorre, près de 300 hectares ont été impactés, selon l’agence territoriale Pyrénées-Gascogne de l’Office National des Forêts. Les scolytes sont responsables.

Ils ne mesurent que quelques millimètres, mais ils attaquent des forêts entières. Les scolytes, qui appartiennent à la famille des coléoptères, ont déjà attaqué plusieurs hectares d’épicéas dans les Hautes-Pyrénées. « Il y a une espèce, le typographe, qui est très inféodée à cet arbre. Il peut causer, en phase de pullulation, des ravages dans ces peuplements-là », explique Philippe Pucheu, chef du service forêt de l’agence territoriale Pyrénées Gascogne de l’Office National des Forêts (ONF).

Cette espèce autochtone, « qui a toujours existé en forêt », utilise les troncs des épicéas pour sa reproduction. « La femelle creuse une galerie sous l’écorce de l’essence qui est son hôte pour pondre ses œufs, explique le spécialiste. Elle peut faire une centaine d’œufs. Et quand les larves éclosent et grandissent, elles se nourrissent des tissus conducteurs de sève des arbres, recreusent des galeries perpendiculaires à celles de la femelle. Ces galeries coupent la circulation de sève, l’arbre ne peut plus s’alimenter. »

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Dans la région, c’est le département des Hautes-Pyrénées qui est le plus touché par ce fléau. »Il y a des zones qui sont beaucoup plus impactées, c’est tout ce qui concerne le triangle au cœur de la Bigorre, entre Bagnères, Tarbes et Lannemezan », détaille Philippe Pucheu. « Dans ces zones-là, il y a beaucoup plus d’épicéas qui ont été plantés dans les années 70, il y a beaucoup plus de peuplements présents ». D’autres zones, notamment autour de Marignac ou de Barbazan dans la Haute-Garonne, sont aussi concernées.

Selon l’ONF, un arbre malade met entre trois et six mois pour mourir, mais des signes précurseurs sont visibles. « Quand les femelles percent le tronc d’un arbre vigoureux et qu’un arbre est attaqué, il émet de la résine pour expulser la femelle. On va voir des traces de coulures de résine, et de la sciure au pied de l’arbre, mais les feuilles sont vertes. Au bout de quelque temps, après la ponte et l’éclosion des larves, le feuillage va devenir orange, marron, et sec. Il va y a voir des décollements d’écorces, c’est le stade final. » Sur son site, l’ONF affirme travailler avec le ministère de l’Agriculture et de l’alimentation à un état des lieux des populations de scolytes grâce à l’imagerie satellite.

Des pièges sont également utilisés par d’autres territoires, mais la lutte est difficile. « On ne peut pas appliquer la même stratégie de protection pour toutes les espèces qui sont pathogènes sur la forêt française. Aujourd’hui, pour les scolytes, il n’y a aucun moyen de lutte connue et efficace, qui permet de réduire les populations. » Unique pratique à effectuer systématiquement en cas d’attaque afin d’éviter l’épidémie : couper l’arbre infesté le plus vite possible, et l’évacuer du massif.

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Actuellement, les dégâts constatés « sont le résultat des pontes de fin d’année 2022, début 2023 », explique le spécialiste. En cause notamment : la sécheresse qui a frappé le territoire l’an dernier. « Les arbres ont eu beaucoup de difficultés à trouver de l’eau dans le sol. Ils se sont fortement affaiblis, et comme tout être vivant, l’arbre affaibli est beaucoup plus sensible aux pathogènes qui peuvent subvenir. » En parallèle, les fortes chaleurs ont été favorables à la reproduction des scolytes. Philippe Pucheu dénombre quatre épisodes de ponte au cours de l’année passée. Des zones comme le Jura et le Haut-Bugey ont déjà été lourdement touchés.

Le printemps pluvieux de 2023 fait espérer une baisse des pontes et une régulation de l’espèce nuisible grâce, notamment, aux prédateurs naturels, Philippe Pucheu ne cache pas son inquiétude. « Le risque qu’il y a avec le changement climatique, c’est que ces épisodes de sécheresse soient plus fréquents. Il y a eu déjà des épisodes de scolytes dans le passé, mais pas à ce niveau-là. Le risque, c’est qu’on ait une tendance à l’augmentation de la fréquence de ces genres de dégâts. » 

Alors comment protéger la forêt de l’avenir ? « Faire en sorte que les peuplements forestiers soient les plus vigoureux possibles » en réalisant les coupes d’éclaircies au bon moment, indique Philippe Pucheu, mais aussi, entre autres, favoriser « la forêt mosaïque », qui mélange différentes espèces d’arbres.

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