D’après un dernier bilan officiel, 45 000 forces de l’ordre ont encore été mobilisées pour éviter les scènes de chaos ces derniers jours, avec notamment de nombreux commerces vandalisés. Parmi les victimes : les ateliers Tuffery, une entreprise familiale française fabricant des jeans installée à Florac. Leur boutique de Montpellier, place de la Comédie, a été pillée et saccagée dans la nuit de vendredi à samedi.
Le PDG de l’entreprise, Julien Tuffery, a adressé une longue lettre aux émeutiers sur les réseaux sociaux. Elle débute ainsi : « Émeutiers et pilleurs sensibles au made in France et à l’artisanat français d’excellence… Magnifique nouvelle pour l’économie française ! Ce mauvais trait d’humour (totalement déplacé) pour masquer ce matin une belle gueule de bois (cassée) ! La magnifique boutique place de Comédie à Montpellier a été saccagée et pillée hier en début de nuit. Dans ce contexte ultra tendu (notamment sur les réseaux), parler de ça ne m’enchante guère, mais ne rien dire signifierait que c’est finalement une normalité inquiétante. »
Ce lundi matin, Julien Tuffery a accepté d’expliquer sa démarche en direct, dans le journal de 7h de France Bleu Gard Lozère : « Moralement, ça va, c’est bon. Gueule de bois. Alors là, la pilule est un peu passée. Mais c’est vrai que c’est franchement pas du tout des moments agréables. D’habitude, on écoute ça à la radio ou on le lit sur le journal, là on est la victime. Donc c’est sûr que c’est assez dur. C’est un gros sentiment d’injustice, mais on s’est relevé. L’équipe a fait un travail formidable et on avance. Il ne faut surtout pas se morfondre, on avance, on avance. Le moral a été bas, mais là, il est de nouveau très haut, et c’est parti pour l’avenir. »
France Bleu Gard Lozère : Cette boutique là, vous allez pouvoir la rouvrir assez rapidement, peut être même aujourd’hui ou demain ?
Julien Tuffery : Oui, mais c’était le gros challenge. Au-delà de la casse et des produits qui ont disparu, c’était surtout qu’il ne fallait pas passer à côté de la journée de samedi. C’était une grosse journée, c’était la première journée des soldes, donc il y avait potentiellement beaucoup de monde en ville. Donc en fait l’enjeu, c’était vraiment suite à la nuit chaotique de vendredi de pouvoir rouvrir très vite samedi. Peu importe si la boutique a été un peu tuméfiée, on a pu le faire. L’équipe a vraiment énormément, bien travaillé pour qu’on puisse le faire. C’est opérationnel et là, aujourd’hui, ça va être le ballet des assurances, le ballet des réparateurs, les vitriers et voilà les joies, les joies de ces terribles moments.
Le ministre de l’Économie a demandé aux assureurs d’aller vite. Il a promis aussi des reports de charges pour les commerçants. Comment ça va se passer pour vous ?
Écoutez, je vous en dirai peut-être plus ce soir ou demain. C’est arrivé donc vendredi dans la nuit. Donc ce week-end était plutôt très calme sur les appels téléphoniques de ces personnes-là. C’est maintenant qu’on va faire le bilan, qu’on va faire les inventaires précis, qu’on va savoir comment ça va se passer. Mais encore une fois, la principale priorité pour nous, c’est de pouvoir faire vraiment notre travail, de pouvoir rouvrir, de pouvoir accueillir nos formidables clients. Et après, évidemment que ça va nous consommer toujours un petit peu d’énergie, de temps pour essayer de mettre à flot tout ça, et financièrement, de savoir quel est l’impact définitif de cette émeute.
On vous a volé quoi exactement ? Combien d’articles ?
On nous a volé entre 200 et 300 jeans, on nous a volé un peu de matériel informatique. Mais bon, ce qui est vraiment le plus problématique, c’est la casse des deux devantures. Parce que ça oblige à travailler avec une boutique un peu tuméfiée, avec des planches de bois à la place des vitres. Donc, il nous tarde de réparer tout ça. Et c’est peut être ça le plus problématique, c’est la casse de l’outil de travail, plutôt que la perte des produits à l’intérieur. Même si évidemment, j’essaie ; j’essaie de rester optimiste, mais on va bosser encore plus à Florac pour pour pouvoir reproduire tous ces jeans qui ont disparu.
Vous avez publié un long message sur Facebook ce week-end, dans lequel vous proposez à ceux qui ont saccagé votre magasin de venir faire leurs emplettes. Pourquoi cette main tendue ?
C’est sûr que, sorti du contexte, ça peut paraître un peu bizarre quand on entend vos propos. Non, mais c’était samedi matin. En fait, c’est assez dur ces sentiments là de la nuit, parce que c’est profondément injuste de se faire saccager alors que franchement, on ne mérite pas ça. Je trouve que c’est hyper difficile de prendre la parole parce que c’est quand même le déversement de haine qu’il y a partout sur les réseaux sociaux , je trouve ça hyper contrariant. Ne pas parler aurait été quand même un peu bizarre, parce que ça voudrait dire qu’on se résigne, que c’est normal de se faire fracasser, on se fait tuer notre outil de travail, mais on ne dit rien.
Donc il y avait une prise de parole nécessaire, simplement une prise de parole en disant : « Mais punaise, pourquoi vous faites ça ? Qu’est ce que c’est ? Je veux dire, vous n’êtes pas à quelques jeans près. Pourquoi faire ça ? Et j’adorerais savoir ce qui se passe dans leur esprit. J’adorerais leur dire que c’est peut-être pas la solution. J’adorerais les inviter à venir à Florac, à la manufacture. Il y a des milliers de personnes qui viennent. Venez voir ! Venez voir tout ce travail qu’il y a derrière. Pourquoi ? Pourquoi vous réduisez tout ça à néant en si peu de temps ? Et c’est vrai, comme mes propos, là, sur Linkedin et Facebook, ont eu une grande ampleur.
Oui, je vous cite Julien Tuffery : « Viens donc faire tes emplettes dans la journée, tu croiseras des sourires incroyables qui éclaireront toujours plus l’ombre sordide que tu répands la nuit »
Oui c’est ça ! C’est parce que nous, enfin moi c’est pareil. Si j’ai aussi le moral à peu près aujourd’hui, c’est parce qu’encore une fois, avec l’équipe, on a beaucoup bossé ce week-end, toute mon équipe qui a été formidables. C’est pas grave. C’est une énième petite épreuve d’un chef d’entreprise, d’un fabricant, d’un commerçant, qui essaie de se battre pour fabriquer en France, pour faire des choses géniales. Bon, mais ça fait ch… excusez moi du terme, mais c’est peut-être grâce à ça qu’on sera un peu plus fort aujourd’hui. Mais punaise, qu’est ce que ces gens ont dans leur tête? C’est terrible. Et je ne voulais surtout pas tomber dans les messages haineux, parce qu’on a évidemment envie être dur. Tout le monde est dur. Essayons d’être constructifs.
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