Sur le lido de la Grande Maïre, à Sérignan, c’est la période de nidification pour les gravelots et les sternes. Mais la cohabitation, sur le sable, entre la faune à protéger et les hommes n’est pas si évidente.
« Les premiers œufs de gravelot ont éclos il y a une semaine. Et cela fait 15 jours environ que les sternes naines ont commencé à pondre. Il y a du retard cette année, on ne sait pas pourquoi, la nature réserve encore du mystère… », lâche Yann Geshors, fondateur et coordinateur de l’association « Sauvegarde Hérault Littoral ».
Aux Orpellières à Sérignan, sur le lido de la Maïre qui réunit la mer et la lagune, huit hectares sont sanctuarisés pour permettre aux gravelots et aux sternes naines de couver leurs œufs et d’élever leurs poussins. Mi-avril, les collectivités (Agglos Béziers Méditerranée, Hérault Méditerranée notamment) ont installé un filet vert « anti-bipède », comme elles le font depuis quatre ans, pour empêcher les hommes de se rendre sur place et préserver les œufs. Le filet doit rester en place jusqu’à début septembre.
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« Partager ces espaces »
En attendant, la cohabitation avec les nombreux vacanciers n’est pas forcément évidente… Avec le concours de la LPO (Ligue de protection des oiseaux), du Conservatoire d’Espaces Naturels d’Occitanie, des panneaux de sensibilisation « Attention, nous marchons sur des œufs » ont été installés. Mais la faune, durant cette période de nidification, reste fragile. « L’idée, c’est de partager ces espaces », enchaîne Yann Geshors. Avec sa casquette naturaliste, toujours équipé de sa longue-vue, il veille sur les lieux. Avec l’accord de la DDTM (Direction départementale des territoires et de la mer), il a installé une caméra vidéo « pour mesurer la prédation animale sur les oiseaux » et documenter la nidification. Pour les hommes, toute intrusion est passible de sanctions, a minima une amende de 135 €.
« La femelle gravelot couve pendant 28 jours d’affilée »
L’un des objectifs de cette opération est de préserver la population de gravelots à collier interrompu, une espèce protégée, dont on estime qu’il ne reste que 1500 spécimens en France. « La femelle gravelot couve pendant 28 jours d’affilée. » Pour celles qui s’aventurent en dehors du périmètre établi par les autorités, des cages ont été mises en place sur le sable. Mais les chances de survie du nid sont minces, voire nulles, sur la plage : la dizaine repérée a d’ailleurs été détruite. « La sterne naine, couve elle aussi pendant 30 jours, elle reste statique, ne bouge plus, il ne faut pas la déranger », explique Yann Ghesors.
Sternes naines et sternes cogek
« »Grâce » au Covid, la sterne cogek est revenue, 2 000 sternes cogek s’étaient installées pendant un mois et demi, deux mois », se souvient Yann Geshors. Il n’en resterait, désormais, plus qu’une vingtaine, la grippe aviaire ayant tué plusieurs d’entre elles récemment. Quant à la sterne naine, la plus petite sterne européenne, une population en déclin : Yann Geshors a recensé environ 65 nids sur le site des Orpellières dans le cadre de sa mission de comptage pour l’Office français de la biodiversité et le Conservatoire des espaces naturels.
Les chiens doivent ainsi être tenus en laisse sur la Grande Maïre, tout simplement pour éviter qu’ils ne jouent à la balle avec des œufs qui ne mesurent pas plus de 2,5 cm de diamètre et qui ont la couleur du sable. « La sterne naine pond trois œufs dans un petit trou, comme celle-ci au bord de l’eau », montre le naturaliste. « La gravelot ne fait pas de trou, elle pose ses œufs sur le sable. » « Là, on est en plein dans la nidification, si on les embête, elles feront une ponte de secours. » Grâce à la longue-vue, les premiers poussins de gravelots sont aussi observés à l’intérieur de la surface sanctuarisée. « Il faut trois semaines aux femelles pour les élever ».
Actuellement, il n’y a pas de programme de comptage des gravelots aux Orpellières. « C’est une population en dent de scie. L’enjeu, c’est l’extinction de cette espèce en Méditerranée à l’échelle de 5 à 10 ans. » Il faut savoir qu’elle ne restera pas sur le lido de la Maïre en permanence. « Il y a des regroupements migratoires et ils vont tous partir ensemble au mois d’août. Idem pour les sternes. »
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