Finale Top 14 – C’est le grand jour : nos étoiles contraires vont se rencontrer

Entre les doubles champions d’Europe rochelais et le collectif cinq étoiles des Toulousains, ce sont bien les deux meilleures équipes de ces trois dernières années qui s’affronteront à Saint-Denis. Une finale ultime entre rivaux magnifiques qu’il s’agit de savourer sans songer au lendemain, même s’il demeure difficile d’oublier que nombre d’acteurs feront cause commune dès le coup de sifflet final…

On aurait adoré – c’était l’idée de départ – vous narrer ici la Genèse de l’antagonisme naissant entre les actuels doubles champions d’Europe rochelais et les éternelles références toulousaines. Rappeler à qui voulait bien l’entendre que, s’ils se sont hissés en finale de cinq compétitions sur six possibles lors de ces trois dernières années, les Maritimes ont vu leurs rêves brisés à trois reprises (pour autant de matchs) par les coéquipiers d’Antoine Dupont. Se souvenir que les coéquipiers de Romain Sazy avaient même concédé jusqu’à huit défaites consécutives face aux Haut-Garonnais, avant d’enfin vaincre le signe indien le 7 janvier (30-7), face à une « équipe B » toulousaine savamment modifiée. Se remémorer quelques empoignades inévitables dans la répétition des matchs de haut niveau, comme celle qui vit Ugo Mola et Ronan O’Gara se lancer quelques noms d’oiseaux à l’heure de jeu d’un match de saison régulière, remporté par Toulouse au mois d’avril 2022 (23-16).

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Ronan O’Gara et Ugo Mola, les deux managers en finale de Top 14 ce samedi soir Icon Sport – Alexandre Dimou

En faire des caisses et jeter de l’huile sur le feu, en rappelant les saillies verbales envoyées (directement ou pas) de l’un à l’autre par les managers, comme lorsque Mola déclara avant la demi-finale contre le Leinster que Jonny Sexton était « le plus grand demi d’ouverture de l’histoire du rugby irlandais » quand O’Gara, toujours vexé, préférait opter pour un style plus cru, lâchant la semaine dernière que « l’avis d’Ugo Mola sur le Stade rochelais n’est pas, n’a jamais et ne sera jamais intéressant ».

Deux équipes indissociables du renouveau des Bleus

Mais à quoi bon ressasser tout ça, franchement, hein ? Que ces deux Stades se détestent ou non, comme du fait que Vincent Merling et Didier Lacroix ne partiront jamais en vacances ensemble, franchement, qui s’en soucie ? Parce que l’essentiel, voyez-vous, réside ailleurs. Dans la certitude que ces deux équipes se respectent autant qu’elles se redoutent. Dans celle qu’elles demeurent indissociables du renouveau du rugby français sur la scène internationale, puisqu’elles forment à elles deux l’ossature intégrale du XV de France depuis trois ans (Paul Willemse, Gaël Fickou et Damian Penaud exceptés). Dans le constat qu’elles ont dominé de la tête et des épaules la saison régulière du Top 14, reléguant bien avant les demi-finales leurs concurrents au rang de simples faire-valoir, à tel point que toute autre affiche que Toulouse-La Rochelle aurait insufflé un goût amer à cette finale.

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Ce plaisir, tous les observateurs neutres ne peuvent que s’en réjouir dans l’attente de l’événement, en se montrant d’ores et déjà reconnaissants aux acteurs pour nous avoir, comme Augustus dans Nos Étoiles Contraires, d’ores et déjà offert « un peu d’éternité dans un nombre de jours limités ». Un luxe qu’il convient de savourer à l’avance tant le risque d’être sportivement déçu s’avère immense, pour les observateurs non avertis…

La tectonique des packs

En effet, vous l’aurez certainement noté, les Toulousains ne sont plus les seuls à remporter des titres depuis quelque temps… Les Rochelais ayant manifestement, eux aussi, compris comment une finale se gagne. « Il n’est pas question d’essayer, il est question de le faire ! », appuyait le héros aveugle de John Michael Green, et on ne saurait mieux dire. Le faire avec ses forces. Avec ses convictions. Avec son âme, sa culture, son identité de club.

Autant dire qu’entre des Toulousains bien conscients qu’ils n’ont historiquement jamais remporté de titre sans dominer le combat d’avants et des Rochelais qui n’ont aucune intention de chercher un plan B après avoir mis par deux fois l’Europe à leurs genoux à la force de leur pack, nul besoin d’être grand clerc pour anticiper que les espaces seront rares, sur la pelouse du Stade de France. De quoi augurer d’un choc tellurique, massif, frontal. Une tectonique des packs à laquelle les Toulousains ne pourront pas se soustraire, et dont les rares moments de respiration coïncideront essentiellement avec les temps de suspension de vol du ballon dans le ciel dyonisien.

Les paquets d’avants des Stades toulousain et rochelais s’affrontent, lors du match de phase régulière à Marcel-Deflandre. Icon Sport – Eddy Lemaistre

Il s’agit en effet d’être clair, à ce stade de notre développement : oui, même s’il ne dispose plus du génie Kolbe comme atout dans ses manches, le Stade toulousain dispose avec le trio Dupont-Ntamack-Ramos d’un talent encore supérieur à celui des Rochelais pour faire pencher la balance en leur faveur. À la seule condition, toutefois, de résister au défi physique que La Rochelle n’aura de cesse de leur imposer, les Maritimes demeurant éminemment convaincus que leurs revers lors des finales de 2021 doivent avant tout à eux-mêmes, entre le carton rouge de Botia en Coupe d’Europe et la malheureuse blessure au doigt de Dulin en Top 14, sans oublier les échecs au pied de West dans les deux cas.

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Autant de déboires que les coéquipiers de Greg Alldritt, désormais forts d’une inébranlable confiance en eux, ne comptent plus connaître, tandis que ceux d’Antoine Dupont comptent bien conserver leur leadership au niveau hexagonal. Question d’honneur, ou plus exactement question d’orgueil, qui demeure le meilleur moteur des champions… De quoi conférer à cet affrontement final une saveur plus connue depuis bien longtemps, dont on compte bien se délecter tant qu’il en est encore temps. « C’est un privilège que vous soyez celui qui me brise le cœur », disait Augustus à Hazel, et l’on comprend aujourd’hui mieux pourquoi. Parce qu’à l’issue de cet affrontement entre grands joueurs, une fois évaporées les larmes de joie qui illumineront les yeux des uns pendant que les flammes de la détresse brûleront ceux des autres, il sera enfin temps pour tout ce beau monde de se réunir sous une seule bannière. Histoire pour les étoiles contraires du rugby français de nous offrir, dans quatre mois et dans ce même stade, l’apothéose plus grandiose encore d’une année déjà riche en matchs d’anthologie. Mais chut ! Taisons-nous là, et profitons des quatre-vingts minutes à venir. Ou pourquoi pas plus, qui sait…

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