Carole Delga veut travailler avec les politiques, les syndicats, intellectuels et associations, pour une alternative en 2027

Une tribune dans Le Monde, une interview pour Libération, un article dans Le Figaro, Carole Delga se retrouve dans la presse nationale, en quête d’une nouvelle dimension. Une main tendue aux politiques de gauche, aux syndicats, aux associations, pour travailler sur un projet de gouvernement. La présidente de région veut repousser les frontières politiques et géographiques. 2027 n’est pas si loin.

La « Force tranquille », le slogan de François Mitterrand pour la présidentielle semble lui aller parfaitement. Prudemment mais sûrement, Carole Delga avance sur la scène politique nationale. Avec mesure mais aussi détermination, celle qui aime se rendre utile n’a pas changé de cap. Mais l’ancienne maire de Martres-Tolosane se trouve de plus en plus à l’étroit en Occitanie. 

Et si l’expérience de la région Occitanie servait d’exemple pour la France ? En tous cas sa présidente qui aime s’appuyer sur des choses concrètes veut tenter quelque chose. La victoire lors d’une législative partielle en Ariège d’une candidate dissidente qu’elle soutenait face à la NUPES et au RN est venu redonner du crédit à sa stratégie. Dans une interview très intéressante donnée au journal Libération, elle enfonce le clou. « Il n’y a pas de fatalité à voir le Front national (sic) se qualifier au second tour de toutes les élections. Certains, semble-t-il, auraient préféré un duel entre une candidate de gauche, en l’occurrence celle de La France insoumise, et une candidate FN, ce n’est pas mon cas. Quand l’extrême droite se qualifie au second tour, cela veut dire qu’il y a un très fort désespoir du peuple que nous n’avons pas réussi à endiguer. »  

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Ses critiques et son refus de l’accord signé par son parti le PS avec la NUPES semblent sur ce coup là lui donner raison après avoir été presque un échec lors des dernières législatives où peut de candidats qu’elle soutenait ont décroché la députation.

A ceux qui analysent la forte contestation sociale actuelle comme un boulevard tout tracé pour l’arrivée au pouvoir de l’extrême-droite, elle répond toujours dans le quotidien de gauche. « A l’échelle de l’Occitanie, avec ma majorité de gauche et écologiste, nous ne nous sommes jamais résignés et nous avons eu raison. Nous avons réussi à faire diminuer le Front national de dix points entre 2015 et 2021. La meilleure réponse que nous avons contre l’extrême droite, c’est un projet avec des solutions très concrètes pour améliorer la vie des gens, pour faire en sorte que les classes les plus modestes ne se sentent pas enfermées, ni dans leurs conditions sociales ni dans leurs territoires. » 

Dans ce long entretien qui vient confirmer sa nouvelle stature, Carole Delga critique la stratégie de la France Insoumise.  » Nous ne pouvons pas rester dans une gauche minoritaire et contestataire, systématiquement en rupture, dans une violence verbale et de postures. Nous voyons bien en Ariège que l’effondrement des voix de la députée sortante, Bénédicte Taurine, est très lié à la stratégie choisie par les insoumis, encore dernièrement, dans le débat sur les retraites en alliant le bruit et la fureur, en allant jusqu’à l’injure. Un ministre a quand même été traité d’assassin… »

Et la présidente de région de défendre son bilan pour aller titiller le leader de la France Insoumise. Une main tendue mais aussi une petite gifle.

on va se dire les choses : qui de Jean-Luc Mélenchon ou de Carole Delga a mené des actions concrètes de gauche pour le peuple ? Comme présidente de région, j’ai mis en place la rentrée scolaire la moins chère de France en fournissant les manuels scolaires, les ordinateurs et en permettant le transport gratuit pour les lycéens. Ça, c’est du concret. Jean-Luc Mélenchon a une carrière de parlementaire. C’est un homme qui fait des grands discours avec de belles références historiques et philosophiques. Mais, concrètement, quand a-t-il pris à bras-le-corps la réalité de nos concitoyens et la misère des gens ? C’est bien plus facile de faire de grands discours de deux heures que de gérer une commune de 50 habitants.

Carole Delga, présidente PS de la région Occitanie

Journal Libération

Pour Carole Delga, il faut partir de se qui réunit et non ce qui divise. Fini les directions de partis de gauche (PS, LFI, etc) aux postures archaïques, fini les polémiques stériles, les attaques et les tweets assassins. « Nous devons être lucides sur la faiblesse de l’ensemble de nos partis en nombre de militants. Cela veut donc dire qu’il faut agréger les forces syndicales, des intellectuels, des chefs d’entreprise, des associations… J’appelle clairement à une union large. C’est absolument indispensable. »

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Oui mais une union sur quoi ? Les visions communes pèsent peu face aux divisions profondes. « Qu’est-ce qui nous réunit, y compris avec La France insoumise ? Deux sujets : la réduction des inégalités et la lutte contre le réchauffement climatique. Il y a peut-être des différences entre nous mais nous partageons ces mêmes objectifs. Mettons-nous au travail ! »

La présidente de la région Occitanie veut être à l’écoute des souffrances des Français et travailler sur du positif. « Nous devons, par exemple, porter l’idée d’une vraie révolution éducative. Aujourd’hui, les élèves et les enseignants sont en souffrance. Il faut aussi aborder la question de la santé car, là aussi, il y a un vrai problème. Certains patients mettent trois semaines pour avoir un simple rendez-vous chez les médecins généralistes parce qu’ils sont débordés. Nous devons aussi porter la question de la gratuité des transports en commun indispensable face au réchauffement climatique et aux problèmes de pouvoir d’achat. »

Réélue confortablement à la tête de la région, Carole Delga voudrait bien repousser les frontières de l’Occitanie mais aussi celles des partis pour travailler sur ce projet de gouvernement. Autant dire que le chantier est immense pour que la gauche sous quelle forme qu’elle soit puisse représenter une alternative crédible en 2027.

Le dernier président de région à s’être aventuré sur le terrain national n’est pas allé très loin. Comme le rappelle Le Figaro, Xavier Bertrand s’est retrouvé hors-jeu dès le premier tour de la primaire de la droite en 2021. Le président des Hauts-de-France ne s’en est toujours pas remis. Alors Carole Delga peut-elle aller plus loin ? La socialiste n’a pas que des amis au sein de son propre parti. Le dialogue avec l’un des codirigeants Olivier Faure est même rompu. 

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Alors elle garde sa ligne mais se veut plus conciliante. Ce n’est pas la première fois quelle tend la main à des personnalités ou à des partis de gauche. Jusqu’à présent tout ceci reste assez marginal. Cité par le Figaro, un responsable PS relativise : « L’aire d’influence de Carole Delga reste surtout en Occitanie. Si vous la mettez sur le parvis de la gare de Lyon à Paris, pas sûr que la moitié des gens la reconnaissent. Cela vaut d’ailleurs pour tous les socialistes ». 

Alors, candidate ou pas a l’Elysées en 2027 ? Carole Delga y pense certainement mais ne le dit pas. « Pour l’instant, penser trajectoire personnelle dans une telle confusion du paysage français et international me paraît complètement ubuesque. C’est manquer d’une sacrée lucidité et c’est révélateur d’une incapacité à appréhender la gravité de la situation. »

En attendant que certaines situations se décantent, Carole Delga continue d’avancer, fidèle à ses idéaux. Peu de monde croyait en ses chances de succéder à Martin Malvy à la tête de la région Occitanie. Certains ironisaient sur ses origines, raillaient son accent.

Aujourd’hui, elle peut agacer mais elle ne fait plus rire. Carole Delga a montré à beaucoup de sceptiques qu’elle pouvait aller plus loin. « Tranquille » comme l’ancien président de la République socialiste, elle se cherche une force nationale. 

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