International – Eddie Jones : « Bien joué, Galthié ! Les Français sont devenus capables de jouer à l’anglaise »

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Début décembre, l’Australien Eddie Jones était débarqué de l’équipe nationale anglaise et n’avait pas pris la parole, depuis. Pour nous, il brise aujourd’hui le silence, évoque ses dernières heures en tant que sélectionneur, évoque ses réussites, retrace ses erreurs et parle de Pierre-Henry Broncan, Marc Dal Maso ou Clive Woodward…

Qu’avez-vous fait depuis le jour où vous avez quitté l’équipe d’Angleterre, début décembre ?

Il y avait sept ans que je vivais ici, à Pennyhill (dans la grande banlieue londonienne, N.D.L.R.). Déjà, mon épouse m’a dit : “Quelle est la prochaine étape, Eddie ?” J’ai réfléchi puis je me suis mis à rassembler toutes mes affaires, à faire du tri… […] Nous avons quitté l’Angleterre vendredi pour rejoindre le Japon, d’où ma femme est originaire. Là-bas, j’ai retrouvé l’équipe de Suntory, pour laquelle je suis consultant depuis une dizaine d’années.

Avez-vous quelque peu coupé avec le rugby ?

Jamais… J’en dévore même tous les jours. Vous savez, j’ai eu la chance de recevoir quelques offres intéressantes, depuis mon licenciement. Alors j’essaie modestement d’analyser le jeu de ces équipes-là…

Quelles équipes, au juste ?

Il est trop tôt pour en parler, camarade. Je suis toujours en réflexion.

Mais comment vous sentez-vous ? Triste ? Abattu ? En colère ?

Je suis à la fois déçu et philosophe, par rapport à ce qu’il s’est passé. Déçu parce que je n’ai pas pu aller au bout de ma mission. Philosophe parce que j’ai toujours su qu’après la finale de la dernière Coupe du monde, les temps deviendraient rapidement plus durs…

Pour quelle raison ?

En 2019, nous étions vice-champions du monde, soit la meilleure équipe de la planète derrière les Springboks. Même si la sélection anglaise était alors plutôt jeune, il m’a fallu la reconstruire en partie et en parallèle, les attentes des gens étaient devenues bien plus grandes qu’à mon arrivée, et c’est normal. Si j’avais pu traverser cette dernière période difficile en vainqueur, je sais que j’aurais réussi, ensuite. Mais j’ai perdu…

Et on vous a demandé de quitter la Fédération anglaise…

Oui et je peux comprendre. Mais j’ai tout donné, jusqu’au bout. Et je me dis aussi que si le rugby européen a tellement progressé ces dernières années, si le paysage de ce sport a radicalement changé, j’y ai aussi contribué.

Quand avez-vous appris que votre contrat était terminé ?

Juste avant que nous affrontions la Nouvelle-Zélande, en novembre dernier (22-22), j’ai eu un meeting avec les plus hauts dirigeants de la Fédération. J’ai senti, ce jour-là, que l’ambiance était bizarre… Ils n’étaient pas comme d’habitude, avec moi… Derrière ça, les médias britanniques sont devenus de plus en plus critiques. J’ai alors compris que la fin était proche.

Vous rappelez-vous de votre dernier jour, en tant que sélectionneur national ? Que vous a-t-on dit ?

Quand un coach dit à un joueur qu’il est viré, le joueur vous dira qu’il ne s’en souvient pas. Pour un coach comme moi, c’est pareil, il ne se souvient pas de ce moment où on lui dit qu’il ne va plus entraîner.

Que vous manque-t-il, aujourd’hui ?

Les interactions avec les joueurs, bien sûr ! Croyez-moi ou pas, mais ils étaient devenus comme une deuxième famille pour moi. Mais je ne suis pas fini. Je rebondirai, bientôt.

Vous avez gagné trois tournois des 6 Nations, réalisé un grand chelem en 2016 et hissé le XV de la Rose en finale de la Coupe du monde. Néanmoins, avez-vous commis quelques erreurs au fil de votre mandat ?

On fait toujours des erreurs. Si aujourd’hui, je pouvais remonter le temps, je changerais peut-être certains de mes critères de sélection.

Que voulez-vous dire ?

2021 a été une très mauvaise année pour nous. Les Saracens venaient d’être rétrogradés en deuxième division (pour avoir dépassé le plafond du salary cap, N.D.L.R.). Comme vous le savez probablement, le XV d’Angleterre était alors essentiellement formé par les joueurs des Sarries. Le problème, c’est que leur niveau a considérablement baissé, en deuxième division et que les performances de notre équipe nationale s’en sont immédiatement ressenties. J’aurais donc dû changer mon fusil d’épaule, cette année-là… Et je le regrette… C’est l’erreur que j’ai faite.

En clair ?

J’aurais dû démarrer la reconstruction de l’équipe plus tôt que je ne l’ai fait. C’est vraiment la chose à laquelle j’ai vraiment réfléchi depuis.

Aviez-vous un plan pour remporter la Coupe du monde en France ? Et si oui, quel était-il ?

Disons qu’à l’automne prochain, les candidats au titre devront être capables de produire deux types de rugby : un rugby offensif pour les matchs de poule, histoire d’emmagasiner le plus de points possible et de gagner en confiance ; et à partir des demi-finales, sur des terrains plus lourds, il faudra jouer le rugby des Springboks, assis sur une conquête parfaite, un jeu au pied efficace, une défense agressive. J’étais en train de préparer mes joueurs à ces deux types de rugby.

On vous suit.

Ces dernières années, nous n’étions plus capables de pratiquer le jeu traditionnel anglais, fait de mauls pénétrants et d’occupation au pied. L’ironie de l’histoire, c’est que les Français, historiquement portés vers un jeu dynamique et ouvert, sont de leur côté devenus capables de jouer à l’anglaise quand c’est nécessaire. Bien joué, Galthié !

Avez-vous parfois été trop durs avec vos joueurs ? Nos confrères britanniques évoquaient sur la fin “un règne de la terreur” en sélection…

Je ne suis pas d’accord. J’étais certainement trop dur avec les joueurs il y a vingt ans, quand j’ai démarré avec les Wallabies. Mais j’ai beaucoup évolué dans mon management, au fil des ans. Je pense même que j’ai été trop gentil avec les joueurs, ces dernières années…

Pourquoi Clive Woodward, le sélectionneur de l’épopée anglaise de 2003, a-t-il été si dur avec vous ?

Je ne sais pas pourquoi il ne m’aime pas… De mon côté, je pense juste qu’il est un homme triste. […] Quand Steve Hansen (double champion du monde avec les All Blacks en 2011 et 2015, N.D.L.R.) a cessé d’entraîner la sélection néo-zélandaise, il ne s’est ensuite que très rarement exprimé sur les matchs des All Blacks. Il n’a même jamais critiqué Ian Foster (son successeur, N.D.L.R.). Mais ils ne sont pas tous comme lui…

Et votre ancien arrière Mike Brown, alors ? Pourquoi vous a-t-il lui aussi critiqué ?

C’est la vie d’un coach. Je fais des choix qui ont rendu certains joueurs heureux, d’autres frustrés. Je n’y peux rien.

Avez-vous reçu des messages de soutien de la part d’autres sélectionneurs ?

J’en ai reçu quelques-uns, oui. Il existe encore beaucoup de bienveillance entre les entraîneurs, et c’est une très bonne chose.

Vous vous êtes accroché jusqu’au bout à votre poste de sélectionneur. Il paraît que vous avez même demandé à Marc Dal Maso de vous rejoindre en Angleterre, juste avant votre licenciement. C’est vrai ?

Oui ! Parce que la mêlée anglaise était alors en souffrance et que dans ma carrière d’entraîneur, je n’avais jamais vu quelqu’un changer le visage d’une mêlée comme l’a fait Marc Dal Maso avec celle du Japon, quand j’en étais le sélectionneur. À douze mois de la Coupe du monde, on a fait un match amical qu’on a perdu 32-5. Notre mêlée avait été pulvérisée, mes deux piliers gauches avaient pris des cartons jaunes. En dix mois, il avait fait de nous une mêlée solide. Il a une grande éthique de travail, et prend la mêlée comme un art. Le jour où on a dominé la mêlée géorgienne, juste avant que ne débute le Mondial 2015, je me suis dit : “Ce mec est vraiment excellent”.

Que vous a-t-il répondu, lorsque vous lui avez demandé de vous rejoindre ?

Tous les deux, on a une relation “je t’aime moi non plus”. Il est un passionné, un artiste de la mêlée. Mais je le voulais avec moi et de son côté, il trouvait l’idée séduisante.

Qu’est-ce qui restera votre plus beau souvenir à la tête du XV d’Angleterre, ces sept dernières années ?

La demi-finale de Coupe du monde contre les All Blacks, en 2019. Nous avions fait le match parfait, ce jour-là. Nous avions gagné les duels, dominé en conquête et développé un rugby superbe. Il y avait de la puissance, de la vitesse, de l’agressivité et de l’imagination. J’étais si fier d’eux, ce jour-là.

Récemment, le manager de Castres Pierre-Henry Broncan nous disait que vous pourriez peut-être devenir consultant au CO. Est-ce vrai ?

(il s’esclaffe) Il a dit ça ? J’admire Pierre. C’est un super jeune entraîneur. Je passerai le voir à Castres en janvier, je pense. Enfin, s’il fait moins froid…

Aimeriez-vous entraîner une grosse équipe du Top 14, un jour ?

Êtes-vous capable de me greffer un cerveau français, d’abord ?

Non… Que voulez-vous dire ?

Pour entraîner une équipe, il faut parler son langage. Le rugby est un jeu d’émotions. Un coach doit pouvoir les transmettre à ses joueurs sans passer par un traducteur. Je vais vous dire : j’ai entraîné les Brave Blossoms pendant quatre ans mais je parle très mal le japonais. Je parle si mal que mon épouse ne me laisse pas parler à notre chien en Japonais. Mais j’ai quelques bases. Des bases que je n’aurai jamais en français… Ce ne serait pas une bonne situation.

Stuart Lancaster, votre prédécesseur à la tête de l’équipe d’Angleterre, va pourtant entraîner le Racing 92 la saison prochaine sans pour autant parler notre langue…

Il ferait mieux de l’apprendre vite, alors…

Les médias australiens annoncent que vous entraînerez les Wallabies après la Coupe du monde en France. Est-ce une option ?

En ce moment, tout est une option ! (rires) Le mois prochain, je déciderai.

Auriez-vous le droit d’être consultant pour une autre équipe que celle d’Angleterre, pendant le Mondial français ? Ou alors, une clause dans votre ancien contrat vous l’interdit-elle ?

Non, il n’y a aucune clause par rapport à ça. Et si on me fait une telle proposition, je l’étudierai avec attention.

Avez-vous pu rencontrer Didier Deschamps, le sélectionneur français ? Vous aviez ce désir, il y a quelques mois…

Non. Il était OK sur le principe mais nous n’avons pas encore trouvé de créneau. Deschamps a fait un boulot formidable ces dernières années et tous les entraîneurs du monde auraient quelque chose à apprendre de lui. J’ai donc voulu le rencontrer, comme j’avais souhaité rencontrer Pep Guadiola (entraîneur de Manchester City, N. DL.R.) il y a quelques années. Ça se fera peut-être, un jour…

Avez-vous suivi le Mondial de football au Qatar ?

Bien sûr, oui. C’est d’ailleurs très curieux comme le football de haut niveau ressemble, sous certains aspects, au rugby international : aux abords de la soixantième minute, le jeu se brise et soudain, c’est le chaos. Seuls les plus forts y survivent.

https://www.midi-olympique.fr/2022/12/18/international-eddie-jones-bien-joue-galthie-les-francais-sont-devenus-capables-de-jouer-a-langlaise-10876882.php

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