Top 14 – François Rivière : “Des offres, il y en a toujours, le problème est de savoir s’il y en a eu des sérieuses…”

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François Rivière – Le président perpignanais a pris une petite heure de son temps pour évoquer la situation sportive de son club mais aussi pour répondre aux interrogations autour de sa présidence. L’entrepreneur en profite pour retracer sa feuille de route pour les trois, quatre années à venir.

L’Usap célébrera ses 120 ans samedi : que représentent cette date et ces festivités à vos yeux ?

Au-delà de l’histoire, de la tradition et de la fidélité à des valeurs, cela montre à quel point l’Usap est un marqueur fort de son territoire. Pourquoi parlait-on de l’Usap en 1914 ? Parce que Aimé-Giral était mort héroïquement au combat. De temps en temps, il est important de rappeler ce que tout ça représente. 120 ans, ça induit aussi des obligations. C’est un message aux joueurs, en quelque sorte : “Attention, ce club a 120 ans. Vous avez tout ça sur les épaules.” Il faut être à la hauteur de l’enjeu.

Sur ses 120 ans, il y en a 115 dans l’élite, en plus…

Oui, tout à fait. Ça dit tout de la culture de la performance qui habite ce club. C’est dans son ADN, désormais. Il faut en être fier et en être digne.

Les premières performances n’ont pas été à la hauteur des attentes. À quel point cela vous inquiète-t-il ?

Pour être franc, ça fait 9 ans que je suis inquiet. Et même 58 ans car je suis né inquiet. C’est vrai que ce n’était pas la meilleure manière de démarrer la saison. On méritait probablement de gagner à Pau et on a malheureusement bien perdu celui face à Brive. Mais ça ne sert à rien de se retourner vers ce qu’il s’est passé, il faut regarder devant.

Il y a ce tournant qui arrive, avec la double réception de Toulon et Castres…

Oui, Toulon et Castres seront importants à la maison. Mais après, nous allons jouer au Stade français, ce sera un autre moment charnière, et nous irons aussi à Bayonne pendant les vacances de la Toussaint… Ce qui est vrai, c’est que l’on s’est déjà mis la pression. Mais ce n’est pas une raison pour avoir des complexes. Si nous commençons à jouer les Calimero ou à nous flageller, on ne s’en sortira pas. Le collectif a un bon état d’esprit. Maintenant, j’attends de voir comment va se traduire ce caractère sur le terrain. Les adversaires viennent à Aimé-Giral en pensant se rendre chez un petit, pour faire un coup. L’an dernier, ça avait souvent tourné en notre faveur.

Entendez-vous la grogne des supporters, qui se dirige autant vers vous que vers le groupe ?

Avant tout, je tiens à dire que je n’oublie pas les supporters qui m’ont un peu sauvé la vie. Quand je suis sorti du coma, il y a six ans, ils m’ont porté par leur amitié. Pour en revenir à la question, oui, quand le supporter n’est pas content, il râle. Ici, en plus, les gens viennent au stade avec la boule au ventre et vivent les matchs dans leur chair. J’aimerais leur dire qu’il ne faut pas qu’ils croient que je ne voie pas ce qu’ils voient : ces derniers temps, les combinaisons ont moins bien marché, la conquête a eu du mal… Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’avec les moyens qui sont les nôtres, nous sommes obligés d’être dans la surperformance. Dès qu’il y a une difficulté, que nos Argentins sont absents, qu’il y a des blessés, tout de suite, ça devient dur. Un très grand club, avec un budget trois fois plus élevé que le nôtre, comme La Rochelle, peut se permettre d’être un peu en deçà car ça va tout de même passer. L’Usap ne peut pas. Elle doit être en surrégime pour que ça sourie.

Justement, c’est ce que déplorent les supporters : que l’Usap soit aussi exsangue aux niveaux humain et financier et, donc, que sa place soit si précaire…

Ce sera encore le cas pendant deux ou trois ans mais ça correspond à la feuille de route que j’avais en tête. Je savais qu’en remontant en Top 14, on en aurait pour trois à cinq ans de stabilisation avant de prétendre à rejoindre les dix premières places. Et c’est ce qui va se passer. L’avantage que le supporter a, c’est qu’il peut dire tout haut ce que, parfois, moi, je pense tout bas mais que je ne peux pas dire. Je comprends qu’il râle, que ce ne soit pas toujours simple, mais je lui demande juste d’arrêter de râler vendredi soir pour être à fond derrière l’équipe samedi. Pour gagner contre Toulon et Castres, il faudra que les joueurs soient au top mais que le seizième homme soit aussi au niveau.

Vous demandez de la patience sur plusieurs années. Ce n’est pas la qualité première des supporters…

C’est vrai que c’est long. Et on aimerait tous que ça aille plus vite. Mais la feuille de route est cohérente, encore une fois. J’en parlais le week-end passé avec le président Merling : La Rochelle a mis vingt ans à se stabiliser dans l’élite, avec quelques allers-retours en Pro D2. Il n’y a pas de clé magique.

Ce qui interpelle, cette saison, c’est que l’Usap soit le seul club sous la barre des 20 millions d’euros…

Ce n’est pas le budget qui compte mais la masse salariale. L’Usap en a une à 7 millions. C’est cette donnée qu’il faut prendre en considération. Peut-être est-ce parce que j’ai été chef d’entreprise mais le club a un niveau de frais généraux qui est excessivement bas. Au niveau de la masse salariale, je pense que l’on est au niveau de Brive et de Bayonne, c’est ce qui est important. Il ne faut pas se tromper de raisonnement. Concernant le budget, les supporters devraient me féliciter car ça veut dire que l’Usap est un club économe. Personnellement, je suis choqué que de très grands clubs dépensent 40 millions là où l’on en dépense 18. Quelque part, ce n’est pas juste. Il devrait y avoir une récompense pour les clubs économes par rapport aux dispendieux. Mon but est que l’on s’approche le plus possible des 10 millions de masse salariale. Après, ce que je peux dire, c’est que, nous, on a annoncé notre vrai budget. À l’heure qu’il est, il est donc fait à 95 %. Demandez à ceux qui se vantent d’avoir un budget à 23 millions s’il est fait. La multiplication des pains, j’y crois dans l’Evangile, je suis plus dubitatif dans le rugby. Mais tant mieux si Bayonne passe de 14 à 23 millions…

Il y a un débat dans les travées d’Aimé-Giral et sur les forums autour de votre personne : certains vous voient comme celui qui a sauvé l’Usap il y a neuf ans et qui la maintient à flot ; d’autres affirment que vous n’êtes pas en mesure de lui faire passer le prochain palier. Comment le vivez-vous ?

Que certains se posent des questions, c’est légitime. Cela fait neuf ans que je suis là et vient forcément un moment où il faut parler de transmission. Quand le club sera stabilisé en Top 14, je pourrai envisager ma succession. Ma feuille de route s’inscrit sur trois, quatre ans, avec trois volets : assurer le maintien, donner plus de moyens au secteur sportif et, enfin, moderniser toutes les infrastructures, d’entraînement et de formation. En attendant, ce n’est pas la peine d’ajouter de la difficulté à la difficulté. Même si je sais qu’il y aura toujours des personnes pour dire qu’elles feraient mieux que vous.

Avez-vous reçu des offres de reprise du club ?

Des offres, il y en a toujours. Le problème est de savoir s’il y en a eu des sérieuses. Si, après mon accident, quelqu’un avait fait une offre sérieuse, il est probable que je l’aurais prise. La difficulté à l’Usap est qu’il faut trouver des personnes qui soient en capacité de mettre des sous sur la table et que ces personnes soient à même d’organiser leur vie pour consacrer du temps au club. Il y a toujours des chimères, comme ailleurs… Regardez à Béziers : le maire a racheté le club à titre provisoire parce qu’il veut trouver des successeurs mais il n’a toujours trouvé personne. Ce n’est pas si simple que ça. Le sport demande de plus en plus de moyens. Et ici, on est dans un territoire béni des dieux mais qui n’est pas très prospère économiquement. Nous avons un terrain de PME essentiellement. Malgré ça, nous avons déjà fait 95 % de notre budget pour 2022-2023 avec plus de 50 partenaires supplémentaires cette année. C’est du jamais vu. Pour le reste, des personnes qui ont des bonnes idées pour l’Usap, j’en ai vu un tas ; des gens qui sont prêts à mettre un gros chèque sur la table, il y en a beaucoup moins.

Si, demain, un repreneur sérieux se présentait, comment l’accueilleriez-vous ?

Je l’écouterai. À titre personnel, je ne fais pas de l’Usap un moyen d’enrichissement. J’ai mis des sous, personne ne m’y a obligé, mais je ne cherche pas à récupérer quoi que ce soit. Ce qui est très important pour le futur, c’est d’avoir un investisseur qui s’engage à un plan de développement du club. Il n’est pas impossible que la Coupe du monde 2023 suscite des vocations, d’ailleurs. En plus, l’Usap est une marque forte. Si vous demandez à des amateurs de rugby de vous citer cinq clubs français, l’Usap en fera partie. En tout cas, on n’est pas fermé. Il y a des personnes qui m’appellent… D’ailleurs, on reçoit des Chinois d’ici une quinzaine de jours. Ils sont fascinés par nos centres d’entraînements, par les structures… Quel qu’il soit, le successeur devra s’engager sur une feuille de route claire, avec un projet de territoire. Ça ne peut plus être, ce qui était peut-être le cas il y a dix ou quinze ans, des problèmes d’ego. On est tous pareils, que ce soit Mohed Altrad, Jacky Lorenzetti… On avait tous un sujet d’ego au début. Quand on a la chance d’avoir un peu réussi, on a tous envie de profiter, d’avoir un peu de lumière, c’est normal. Objectivement, je pense que ce n’est plus ça. En tout cas, l’Usap est ma passion mais ce n’est pas ma vie. Ce n’en est qu’une partie.

Récemment, vous avez publié une lettre ouverte au sujet de la Coupe du monde 2023 et des attentes que vous aviez pour elle malgré le contexte actuel. Pourquoi cette démarche ?

Le Mondial est un événement à la dimension planétaire. Nous avons la chance de le recevoir. Parce que l’on est français, on a le don pour se tirer une balle dans le pied. La vie est ainsi faite qu’il y a eu des difficultés réelles. Je crois que la ministre en a pris l’exacte proportion. Mais il ne faut pas que ça occulte l’enjeu de l’événement. C’est ce que j’ai dit en conseil d’administration devant la ministre, il y a dix jours : “OK, il y avait un souci mais tout le monde doit désormais être aligné sur les mêmes objectifs.” C’est une chance pour la France qui va être mise en avant pendant une année. C’est une formidable opportunité pour les territoires, aussi. À ce sujet, la fête ne sera réussie que si elle est populaire. Et c’est enfin un moyen de donner la reconnaissance aux bénévoles, qui en ont un peu marre avec toutes les contraintes qui pèsent sur eux. Je l’avais dit à Bernard Laporte quand il était venu en Catalogne : “Regarde, le moral est en baisse.” La Coupe du monde doit permettre de mettre ces personnes en valeur. Au travers de ma lettre ouverte, j’ai aussi voulu rappeler qu’il y a des gens sur le terrain qui font vivre le rugby et qu’il est important que les structures parisiennes n’oublient pas que c’est nous le rugby de terrain. C’était la première couche. La suivante est en train de se préparer.

https://www.midi-olympique.fr/2022/09/22/top-14-francois-riviere-des-offres-il-y-en-a-toujours-le-probleme-est-de-savoir-sil-y-en-a-eu-des-serieuses-10557914.php

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