Matthieu Jalibert (Bordeaux-Bègles) : « Laisser partir Cameron un an avant la fin de son contrat m’a peiné »

Matthieu Jalibert n’est pas le genre de garçon à user et abuser de la langue de bois. Sans doute est-ce une des raisons qui rendent le demi d’ouverture international de l’Union Bordeaux-Bègles aussi clivant. Encore une fois, au cours de cet entretien, il n’a éludé aucune question. La brouille avec Christophe Urios, le départ « surprise » de son partenaire et ami Cameron Woki pour le Racing 92, les ambitions de l’UBB pour la saison à venir ou encore la concurrence de Romain Ntamack en équipe de France, voilà ce que Matthieu Jalibert en pense. En toute sincérité.
 

Êtes-vous prêt pour la reprise ?

Oui, il me tarde même de reprendre. Avoir cinq semaines de vacances m’a fait du bien. J’en avais besoin pour récupérer après une saison très longue, mentalement et physiquement. J’ai vraiment coupé pendant dix jours, avant de reprendre un peu l’entraînement pour être prêt lors de ma reprise. Ma préparation avec le club va être très courte avant le premier match, je n’avais pas envie d’être à la rue.

Le climat subi au Japon lors de la tournée avec l’équipe de France a-t-il usé les organismes plus qu’à la normale ?

La fatigue était déjà bien présente avant d’arriver au Japon, mais il est certain que ces températures et le taux d’humidité ont pesé sur les organismes. Le climat était vraiment lourd, mais ce n’est pas non plus une excuse. Nous étions tous très heureux de participer à cette tournée.

Justement, quel bilan faites-vous de cette tournée ?

À titre individuel, ça reste très positif. J’avais raté le Tournoi des 6 Nations pour cause de blessure, il me tardait de retrouver le groupe et de porter à nouveau le maillot bleu. Sur ces deux tests contre le Japon, il y a eu du bon et du moins bon. Mais au final, j’étais très heureux d’avoir fait mon retour avec le XV de France. Ce groupe et ce maillot, j’y suis très attaché. Et peu importe l’adversaire, ça reste deux succès importants qui nous permettent de poursuivre une belle série.

Deux titularisations consécutives en l’absence de Romain Ntamack, c’était important pour votre confiance ?

Le staff m’a fait confiance pour débuter ces deux rencontres, j’y ai été sensible. J’ai essayé de respecter ce qu’on m’a demandé de faire. Tout n’a pas été parfait mais je suis plutôt content de l’ensemble.

Avant cette tournée, aviez-vous le sentiment d’avoir pris du retard par rapport à Romain Ntamack dans l’esprit du staff technique ?

Les absents ont toujours tort. Romain a fait de bons matchs durant le Tournoi des 6 Nations, il a pu marquer des points dans l’esprit du sélectionneur. Je me devais au Japon d’être le meilleur possible. J’ai tout donné pour prouver au staff qu’il pouvait compter sur moi.

Avez-vous le sentiment qu’une hiérarchie est désormais établie, en votre défaveur ?

Je n’aime pas parler de hiérarchie. Après, je ne me voile pas la face : Romain a sans doute marqué des points durant le Tournoi des 6 Nations. Mais, peu importe. Dans ma tête, tout est clair. Quand je suis appelé en équipe de France, qu’importent les joueurs avec qui je suis en concurrence, c’est pour essayer d’être le meilleur possible et de tout donner pour l’équipe. J’ai toujours en moi cet objectif d’être titulaire et j’essaie de m’en donner les moyens. Ensuite, c’est au staff de faire son choix.

Le sujet vous pèse-t-il ?

Non, pas plus que ça. Seulement, si je commence à me dire qu’il y a une hiérarchie établie, que quoi que je fasse, je serai remplaçant, le doute peut s’installer. Je n’ai pas envie de ça.

Maxime Lucu, votre partenaire à l’UBB, semble avoir accepté ce rôle de doublure derrière Antoine Dupont. Ce n’est donc pas votre cas ?

Je ne sais pas si Max est dans cet état d’esprit. Pour ce qui est de mon cas personnel, je veux simplement donner le meilleur de moi-même, sans trop me poser de questions. Cette interrogation sur la hiérarchie au poste d’ouvreur, elle émane souvent des journalistes. Et puis, de toute façon, je ne suis pas du genre à renoncer. Je vais travailler dur pour faire les meilleurs matchs possibles avec mon club et répondre présent si je suis appelé en équipe de France. Cet état d’esprit, il m’anime depuis mon plus jeune âge. Et je vais vous faire une confidence : la concurrence, ça me plaît, ça m’excite. C’est probablement ce qui me rend meilleur.

Mais êtes-vous capable de vous mettre au service de l’équipe en acceptant d’être une doublure ?

J’ai déjà été dans cette position et cela n’a pas posé de problème. Je pars du principe que c’est déjà une grande chance d’être retenu dans le groupe de l’équipe de France. Nombreux sont les joueurs qui rêvent d’être à notre place, il faut en avoir conscience. Pour être clair et clore le sujet : quand je suis retenu dans le groupe France, je suis très heureux. Après, je fais tout pour gagner ma place dans le XV de départ. Si j’y suis tant mieux, sinon je m’adapte. Le but, c’est quand même d’avoir le meilleur ouvreur possible sur le terrain. Et s’il faut être remplaçant pour aider l’équipe en fin de match, ça ne me pose pas de souci. Il n’y a aucune ambiguïté possible.

Durant cette tournée au Japon, vous avez appris le transfert de votre partenaire et ami Cameron Woki vers le Racing 92. Comment avez-vous vécu cet épisode ?

Comme tout le monde, j’ai été un peu surpris. Cameron est un de mes meilleurs amis, je savais donc qu’il avait cette envie, à plus ou moins court terme, de se rapprocher de sa famille. Seulement, je ne savais pas que ça allait se faire dès cette saison. En l’apprenant, j’ai pris un coup derrière la tête. J’ai été très déçu. Non pas du choix de Cameron, que je comprends tout à fait. Mais plus en raison de la perte d’un élément important de notre dispositif à l’UBB. De ce point de vue là, il y a des choses qui m’échappent. Je ne parviens toujours pas à comprendre.

C’est-à-dire ?

Je ne suis que joueur, mais le choix de laisser partir Cameron un an avant la fin de son contrat m’a peiné. Après, Cameron est mon ami et j’ai envie qu’il soit heureux. Je savais que l’éloignement de sa famille lui pesait, que Paris lui manquait terriblement. Je sais que désormais, il est pleinement épanoui là où il se trouve maintenant. Et c’est bien là l’essentiel.

Revenons sur les déclarations de votre manager Christophe Urios après la défaite à Perpignan. Regrettez-vous que cette histoire ait été portée sur la place publique ?

Je suis de ceux qui pensent que le linge sale se lave en famille. Très sincèrement, j’ai détesté cette période. Pour moi, cibler des joueurs dans la presse après une rencontre, ce n’est pas la meilleure façon de faire. Nous en avons parlé avec Christophe, c’est ce que nous lui avons reproché. Fin de l’histoire. En dehors de cet épisode, je n’ai pas de problème avec Christophe. Par le passé, il m’a parfois pris dans son bureau pour me reprocher certains comportements, certaines contre-performances. À juste titre. Mais ça restait dans l’intimité. Or là, il nous reprochait dans la presse de manquer d’ambitions. Ça a été dur à accepter. D’autant plus que les médias en ont fait une affaire d’État et tout le monde ne parlait que de ça. Même après la victoire en barrage contre le Racing. Franchement, c’était pénible à vivre. Je pense que nous avions mieux à faire et des choses plus importantes à gérer.

Où en sont vos relations ?

Pour moi, l’affaire est close. J’ai été vexé par ses déclarations, je lui ai dit. Nous nous sommes expliqués. Évidemment, ça a créé quelques frictions. Mais je suis sûr qu’avec le temps, tout va rentrer dans l’ordre.

On a parfois l’impression qu’avec vous, il n’y a pas de juste milieu. Soit vous êtes le meilleur, soit vous êtes le plus nul ; soit c’est grâce à vous, soit c’est à cause de vous. Partagez-vous cette analyse ?

Elle me plaît cette question. Parce que, malheureusement, c’est mon quotidien depuis plusieurs années. Soit on m’aime, soit on me déteste, il n’y a pas de juste milieu. Quoi que je fasse, tout le monde a un avis sur moi, sur ce que je fais. J’ai l’impression d’être clivant, sans savoir vraiment pourquoi. C’est aussi vrai dans le traitement médiatique. J’avoue qu’un peu plus de mesure ne serait pas pour me déplaire.

Projetons-nous sur la saison prochaine. L’UBB a perdu à l’intersaison de nombreux joueurs importants comme Seuteni, Woki, Lam, Paiva, Picamoles ou encore Trinh-Duc. Êtes-vous inquiet ?

De l’inquiétude, non, je n’en ai pas. Mais je me questionne…

C’est-à-dire ?

En fait, nous avons perdu beaucoup de joueurs titulaires alors que, dans le même temps, j’ai vu certains clubs énormément se renforcer. Maintenant, je fais confiance à notre président (Laurent Marti). Il a prouvé dans le passé qu’il avait souvent visé juste dans son recrutement. La vérité, elle sera sur le terrain.

La saison à venir vous mènera vers la Coupe du monde 2023. L’abordez-vous différemment ?

C’est vraiment une saison importante, peut-être un peu spéciale. En 2019, je n’avais pas pu vraiment défendre mes chances de participation en raison de plusieurs blessures alors que c’était un de mes objectifs. J’aurais aimé montrer lors de cette saison que j’étais capable de figurer dans le groupe. J’en ai tiré des enseignements. Je ne veux donc surtout pas penser à une éventuelle blessure, c’est le meilleur moyen pour que ça m’arrive. Mon objectif, c’est de bien me préparer pour le premier match de Top 14. Je ne me pose pas de question, je vais jouer chaque match à 100 %. Je n’ai pas peur de la blessure. Et j’espère que j’aurais la chance d’être retenu pour préparer cette coupe du monde.

Quel sera l’objectif de l’UBB après cette demi-finale perdue l’an passé ?

Être en demi-finale, c’est déjà une belle réussite quand on voit la difficulté de ce championnat. Maintenant, il faut qu’on ait l’objectif d’aller chercher ce bout de bois, même si l’on doit d’abord penser à se qualifier parmi les premiers de la phase régulière.

https://www.midi-olympique.fr/2022/08/14/matthieu-jalibert-bordeaux-begles-laisser-partir-cameron-un-an-avant-la-fin-de-son-contrat-ma-peine-10487662.php

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