La situation devient critique pour les manadiers. La sécheresse historique ne permet pas de produire suffisamment de foin pour nourrir les taureaux. « Regardez, ici, c’est le désert de Gobi« , pointe André Vitou sur son terrain, la Manade du Levant, à Marsillargues (Hérault). Il s’occupe d’environ 200 bovins, pour les fêtes votives et les courses camarguaises, entre Marsillargues et Aigues-Mortes (Gard).
« Regardez, ici, c’est le désert de Gobi ! »
Il n’a pas vu une goutte de pluie depuis des semaines. Conséquence, donc : le manadier doit puiser dans son stock de foin. « On prend dans les stocks d’hiver maintenant, alors que c’est le foin qu’on a fait au printemps et qui était destiné pour l’hiver qui arrive. »
Ce stock n’est pas infini et il finira par être totalement écoulé en octobre. « Avec la majorité de mes confrères, on ne sait pas comment on va passer l’hiver« , se désespère André Vitou.
D’autant qu’il est en autosuffisance. « Ça m’engage des frais : j’ai du matériel qu’il me faut amortir, j’ai des locations de terres qu’il me faut payer, j’ai des contrats d’eau du Bas-Rhône pour essayer de faire un peu de foin… que j’aurai des difficultés à faire la fin du mois… donc ça fait un tout. »
Heureusement, les taureaux ne manquent pas d’eau. « À Marsillargues et dans les basses terres, on n’en est pas encore là. La nappe phréatique est importante dans les sous-sols, on a des forages, donc on arrive à alimenter en eau nos bêtes. »
Concernant le foin, en revanche, le manadier s’inquiète et se demande comment il nourrira ses bêtes cet hiver. « Il va falloir refaire des stocks ou racheter du foin qu’on ne retrouvera peut-être pas, tellement il y a une sécheresse au niveau national, donc c’est un grand point d’interrogation. »
Contenus de la page
Davantage de reconnaissance
Après deux ans de pandémie de Covid-19, où il a dû abattre quelques cheptels de cette race camarguaise, André et sa femme Blandine Vitou n’en peuvent plus. « C’est notre profession qui attire tout le tourisme dans notre région. Le problème, c’est que nous sommes la dernière roue du carrosse« , déplore André Vitou. « Vous savez, nous sommes des gens de la terre, nous n’avons pas l’habitude d’exposer en public nos problèmes. Mais là franchement, ça devient urgent. »
Demande d’aides de l’État
Les deux manadiers élèvent des taureaux camarguais, une race unique au monde. « Si nous et nos élevages disparaissons, c’est tout un pan économique qui va disparaître« , estime André Vitou. Lui et ses confrères discutent régulièrement de ce problème de sécheresse. Parfois, même, ils s’entraident. « On a tous mal au crâne et on est tous inquiet« , souffle-t-il. Il demande à l’État des aides financières ou du foin, pour tenir bon cet hiver.
.
