Un dispositif important de policiers était mobilisé ce lundi en début d’après-midi devant le tribunal correctionnel de Béziers où 150 personnes étaient rassemblées pour soutenir François Champart. Cet habitant de Roquebrun était poursuivi pour avoir envoyé trois mails considérés comme menaçants à l’institutrice de son fils de 7 ans. Ce père de famille n’a pas apprécié qu’elle lui fasse porter un masque en classe. Un certificat médical avait été fourni en début d’année scolaire 2021. L’enfant avait été autorisé à porter une visière, mais l’élastique avait cassé ce jour-là. Ce menuiser lui a alors écrit à l’automne dernier.
À l’audience, le prévenu se défend seul, sans avocat. Une partie des débats a tourné autour du protocole sanitaire. Pourtant le président Christophe Rolland fait tout pour l’éviter. « Cette audience n’est ni une tribune publique, ni politique. Nous ne sommes pas ici pour juger la légalité du protocole sanitaire, mais pour décider si vos écrits sont menaçants ». François Champart revient à la charge à plusieurs reprises en tentant d’imposer les raisons de sa présence ici. Tout au long des débats ce père de famille dénonce un protocole mortifère. C’est ce qui ressort d’ailleurs dans une partie de ses mails. « N’imaginez, même pas en rêve, lui remettre cette muselière en papier « écrit François Champart dans son deuxième mail : « Ne nous forcez pas à intervenir c’est dans l’intérêt de personne. »
« Nous », c’est-à-dire des parents comme lui, opposés au port du masque. « vous ne pourrez pas vous cacher éternellement derrière un protocole criminel. Obéir à un ordre criminel (qui est un vulgaire protocole sans aucune valeur juridique!) est par nature un crime. Votre responsabilité pénale est déjà engagée. Vous êtes coupable de maltraitance aggravée sur mineurs de moins de 15 ans. C’est 30 ans de prison dont 20 ans fermes que vous encourez. La route tourne. Je vous le dis, on se rencontrera, avec beaucoup d’autres parents qui n’en peuvent plus, et veulent défendre l’intérêt supérieur de leurs enfants , et nous viendrons reprendre notre pouvoir » ajoute t-il.
« C’était un dialogue de sourd. Je voulais vraiment porter la parole des enfants. Et eux s’obstinaient à ne pas vouloir l’entendre. Mais je n’avais pas du tout imaginé l’ampleur que cela prendrait. J’ai réagi avec les tripes. »
François Champart reconnaît avoir été plus virulent dans l’un de ses messages. « Mais si l’institutrice avait voulu me recevoir comme je le lui avais demandé, nous n’en serions pas là. J’ai simplement voulu remettre du débat, échanger comme tout parent doit le faire. Il y a eu une fin de non-recevoir. .Je suis vraiment navré. Je n’ai rien contre cette institutrice. Je vais lui envoyer une lettre d’excuses.«
Trouvez-vous normal qu’une fonctionnaire se sente intimidée ? – Parquet de Béziers
« Les faits sont graves » déplore le parquet. Car évidemment la mort de Samuel Paty est encore aujourd’hui dans tous les esprits. « Vous êtes libre de croire que le protocole ne sert à rien. Mais vous n’êtes pas ici pour cette raison. On a désigné une enseignante comme étant le mal, mais vous n’avez pas souhaité rencontrer l’inspection académique comme cette dernière vous le proposait dans un mail. Trouvez-vous normal qu’une fonctionnaire d’État se sente intimidée ? Qu’elle ait peur de représailles ? » Le parquet réclame une peine de six mois de prison avec sursis probatoire de 18 mois et une interdiction de rentrer en contact avec l’enseignante de son fils.
« Ma cliente est très affectée par cette épreuve »
« Ma cliente, absente à l’audience, a eu très peur d’éventuelles représailles. C’est pour cette raison qu’elle a porté plainte. Elle est très affectée par cette épreuve » explique son avocate Maitre Céline Thil. « C’est quelqu’un de discret. Elle n’a pas besoin d’une tribune pour aider les enfants. Elle n’a rien à se reprocher et pourtant elle a été jetée à la vindicte populaire. Aujourd’hui, elle est intimidée et elle a peur ». À l’audience, la partie civile réclame 2.000 euros de dommages et intérêts et le remboursement des frais d’avocat engagés.
Le jugement a été mis en délibéré au 27 juin prochain.
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