Au camp de Rivesaltes, les harkis et leurs descendants réclament la reconnaissance de leur histoire

Ce samedi 19 mars, 300 harkis et leurs descendants se sont rassemblés devant le mémorial du camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), à l’occasion du 60ème anniversaire des accords d’Evian. L’occasion pour eux de réclamer la reconnaissance de leur histoire.

Abessia erre dans les ruines, mouchoir à la main. « Je ne sais pas comment nous avons pu vivre là, souffle-t-elle. Franchement, quand je pense aux parents… Qu’est-ce qu’ils ont pu souffrir… ». Sa voix se brise. 

C’est ici, au camp de Rivesaltes, qu’elle est arrivée en France à l’âge de 10 ans, en juin 1962. Avec son frère Abdelkader, ils ont tenu à être présents en ce samedi 19 mars 2022, 60ème anniversaire des Accords d’Evian et du cessez-le-feu en Algérie.

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Comme eux, près de 300 harkis et leurs descendants se sont rassemblés devant le mémorial du camp Joffre. Pour eux, le 19 mars 1962 ne marque pas la fin de la guerre en Algérie, mais le début des représailles et leur exode en métropole. 60 ans plus tard, ils sont venus réclamer la reconnaissance de leur histoire. 

Pendant la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), environ 200 000 harkis ont été recrutés comme auxiliaires de l’armée française. Mais au lendemain des accords d’Evian consacrant la défaite française, le gouvernement français a rejeté
leur rapatriement massif.

Entre 1962 et 1965, environ 90 000 personnes arrivent en France, dont la moitié atterrit dans des camps, comme celui de Rivesaltes. Un alignement de baraques sommaires dans lesquels des milliers de familles de harkis ont connu le froid, les privations, et la mort. 

La famille d’Abessia et Abdelkader Dargaïd n’y échappe pas. « Mon premier souvenir, c’était au départ de l’Algérie quand j’avais 5 ans, raconte ce dernier. On nous disait qu’en France, ça allait être le paradis, que chacun allait avoir sa chambre. »

Mais quand il arrive au camp de Rivesaltes, le petit garçon qu’il était déchante vite. « Il y avait des tentes militaires, un mètre de neige, pas de chauffage, et il fallait marcher 200 mètres pour avoir de l’eau », raconte le quinquagénaire.

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Sa soeur, Abessia, poursuit : « Nous enfants, on ne se rendait pas tellement compte. On avait les copains, les copines, on jouait… Mais j’imagine mes parents, souffrir le martyr… Alors qu’en Algérie, ils avaient une maison, leur jardin, leurs animaux, leurs champs… ». Sa voix se brise de nouveau. 

Alain Aïdoud, lui, ne garde aucun souvenir du camp de Rivesaltes. C’est là qu’il est né, sous la neige, en novembre 1962. « Je n’ai pas d’amertume envers les anciens du FLN [Front de libération nationale], envers les Algériens », assure cet homme qui a servi pendant 33 ans dans l’armée de l’air française. 

Après les accords d’Evian, les harkis qui sont restés en Algérie ont été considérés comme des traîtres par le nouveau régime algérien. Ils ont été victimes de dures représailles. « Je n’ai pas d’amertume, reprend-il. Mais j’ai une seule requête : reconnaissez les anciens. Donnez-leur une reconnaissance. » 

En février dernier, un texte de loi reconnaissant « les conditions indignes de l’accueil » en France des familles de harkis a été voté. Il prévoit une « réparation » financière de ce préjudice pour les anciens combattants harkis, leurs épouses et leurs enfants.

« Moi les indemnisations financières, c’est pas mon trip. Mon trip, ce serait qu’aujourd’hui on rende un petit hommage à mon père de 93 ans, déclare Alain Aïdoud. Qu’on n’invite pas Pierre, Paul ou Jacques dans différentes assemblées à prendre un repas, mais plutôt le peu de gens qui restent qui ont vraiment servi la France. Qu’on leur rendre au moins un hommage, avant qu’ils ne partent ».

De son côté, le président de la République Emmanuel Macron a de nouveau plaidé pour un « apaisement » des mémoires sur les deux rives de la Méditerranée, lors d’une cérémonie à l’Elysée ce samedi.

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