Premier confinement : deux ans après, la santé mentale reste fragilisée

Ce 17 mars marque les 2 ans de la première quarantaine. Des psys biterrois évoquent les séquelles.

17 mars 2020. La France se fige. Le premier confinement débute pour une durée de deux mois. Commerces alimentaires dévalisés, écoles fermées, centres commerciaux à l’arrêt… L’Hexagone vit son premier confinement. Si certains Français ont profité de ces huit semaines de répit pour se recentrer sur eux-mêmes et exécuter tout un tas de choses qu’ils ne prenaient plus le temps de faire, d’autres ont vécu cette halte comme un traumatisme. Ce traumatisme, se ressent à chaque instant dans leur quotidien, même deux ans après.

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Au fil des jours et des semaines, ce n’étaient plus seulement les médecins généralistes qui étaient pris d’assaut, mais les psychologues et psychothérapeutes également. Que ce soit pendant le confinement, ou les mois qui ont suivi. « J’ai vu une augmentation flagrante du nombre de patients depuis le Covid », assure Chantal Geib Cathala, psychothérapeute à Béziers, rejointe par Nadia Escala, psychotérapeuthe également, et Géraldine Arnold, psychologue biterroise.

Les jeunes plus inquiets que les autres ?

Les psychologues et psychothérapeutes interrogés par Midi Libre confient que la moyenne d’âge de leur nouvelle patientèle est plus ou moins variée.

« J’ai eu de tous les âges. Aussi bien des 40-60 ans comme des adolescents« , explique Chantal Geib Cathala, qui dévoile avoir constaté une recrudescence de demande pour enfants comparée à la normale. « Je ne fais pas de consultations pour enfants. Mais j’ai eu plusieurs demandes de la part des parents, qui m’indiquaient que leurs bambins étaient très inquiets par la maladie« .

D’après les dernières données de l’Unicef en 2021, au moins un enfant sur sept dans le monde a été directement touché par des mesures de confinement et plus de 1,6 milliard a vu leur éducation négativement affectée.

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Pour contrebalancer, Géraldine Arnold a reçu 1/3 d’enfants et d’adolescents, contre 2/3 d’adultes. « Je ne pense pas que les séquelles chez les jeunes soient toutes dues aux confinements. C’est surtout un mal-être qu’ils se traînent depuis des années, et qui a resurgi après huit semaines à être enfermés chez eux, face à eux-mêmes« .

Anxiété, dépression, peur de la mort…

Deux ans après, le premier confinement laisse des traces, à des niveaux différents. « Beaucoup de personnes sont venues pour des problèmes d’anxiété« , confie Chantal Geib Cathala. Une séquelle majeure chez les patients, comme en témoigne Nadia Escala : « Sur toute ma patientèle, je remarque que beaucoup souffrent d’anxiété oui. De grosses crises d’angoisse parfois même. Au premier abord, ils ne disent pas qu’elles sont survenues après le premier confinement, mais lorsque je leur demande s’ils en avaient déjà eu avant, la réponse est souvent non« .

Cependant, il reste difficile de réellement affirmer que ces affres soient dues au premier confinement ou, du moins, au Covid-19. « L’anxiété n’apparaît pas du jour au lendemain pour un évènement bien précis, elle est multifactorielle. Ce sont des personnes qui l’étaient déjà de nature, mais tout a pu resurgir pendant, ou après, la période de quarantaine. L’humain a une très bonne capacité à s’acclimater à telle ou telle situation, mais certains ont pu se sentir submerger, c’était un peu la goutte d’eau« , explique Géraldine Arnold.

Davantage de problèmes de couple

Selon une étude Ifop, en France, une personne sur quatre en couple (27 %) admet avoir eu envie de rompre avec son conjoint au cours des périodes de confinement. Chez les moins de 30 ans, 7 % d’entre eux sont sortis du premier confinement célibataire, alors qu’ils étaient en couple au début de la période.

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Géraldine Arnold et Nadia Escala, psychologue et psychothérapeute-sexologue biterroises, affirment que leur patientèle s’est d’autant plus élargie aux couples en crise. « À la sortie du confinement, beaucoup venaient me consulter pour des problématiques dans leur couple ou pour des problèmes familiaux, explique Géraldine Arnold. C’était une période où les gens ont réellement pris le temps de se concentrer sur eux-mêmes, et ont donc pu faire le point sur leur vie. Voir ce qui allait, ce qui n’allait pas ou plus, étaient-ils heureux ou malheureux, etc.« .

Un témoignage appuyé par Nadia Escala, qui justifie cette recrudescence de séparations et de divorces par l’impossibilité de s’aérer l’esprit individuellement. « Dans un couple, ce n’est jamais tout beau tout rose. Mais certains passaient au-dessus des défauts de l’autre grâce au travail, aux activités. Ils partaient le matin et ne rentraient que le soir, donc ils pouvaient facilement faire abstraction de ce qui n’allait pas dans leur couple« . Le passage en télétravail, la garde d’enfants du matin au soir… Tout autant de facteurs qui ont amené une partie des Français à remettre leur couple en question, voire en péril.

Une crise d’adolescence en retard

D’après la psychothérapeute-sexologue, la grande majorité des femmes reçues dans son cabinet évoquait une sorte de « crise d’adolescence » de leur conjoint… Avec quelques années de retard. « C’est comme si les hommes ressentaient le besoin de faire un peu n’importe quoi suite à cette période d’isolement avec leur compagne. Sortir régulièrement avec les copains, rentrer plus tard le soir voire découcher, aller voir ailleurs… c’est ce qui ressortait le plus« . Certaines discordes auparavant évitées ont refait surface, comme l’éducation ou la manière de gérer les enfants.

« Globalement, les gens vont mal. Même deux ans après »

Autre symptôme apparu, et pas des moindres : la peur de la mort. Nadia Escala dévoile que de nombreux patients sont venus à son cabinet pour une phobie de la mort, pour le coup réellement survenue suite au Covid. « Au début, on ne savait trop rien de la maladie. Alors les gens pensaient qu’ils allaient automatiquement en mourir, ont bloqué dessus, et se sont déclenché cette peur « . Certains sont mêmes « devenus » hypocondriaques.

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La dépression est aussi une des séquelles qui revient régulièrement. « La période du premier confinement a été une période de remise en questions, où des peurs se sont déclenchées pour une majorité de gens. C’était un véritable bouleversement dans la vie des citoyens, personne n’avait jamais eu l’habitude de ça« , argue Nadia Escala.

Dernier point relevé par la psychothérapeute : le changement de vie radical désiré par ses patients. « Je vois énormément de personnes âgées de 28 à 35 ans qui ont le besoin de changer de vie, de quitter leur travail. Notamment une jeune de 28 ans, qui a fait toutes ses études pour être avocate, a exercé pendant huit mois, et qui désire tout plaquer pour faire de l’humanitaire. Globalement, les gens vont mal. Même deux ans après« .

Les chiffres en Occitanie

En septembre 2021, Santé publique France publiait pour la première fois ses chiffres sur la santé mentale, région par région. En Occitanie, de janvier à avril 2021, 3 355 personnes en moyenne s’étaient rendues aux urgences pour des troubles psychologiques, contre 4 248 de mai à août. Moins de suicides avaient été recensés en 2020 comparé à 2021.

« L’année 2020 était marquée par un nombre mensuel moyen de gestes suicidaires vus aux urgences un peu plus faible que les deux années précédentes. 538 prises en charge en moyenne chaque mois en 2020, contre 583 en 2019 et 607 en 2018. Mais, de janvier à mai 2021, la tendance était à l’augmentation », indiquait alors Santé publique France.

En revanche, chez les 11-17 ans, les chiffres étaient systématiquement supérieurs aux années précédentes, allant de +17 à +59 % selon les périodes, et même +106 % en août 2021. Cependant, il a été constaté une baisse d’anxiété (1 055 passages aux urgences en moyenne pour 2021 contre 1 093 en 2020) et de troubles du comportement alimentaire (TCA).

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